« Voix agricoles » : notre série consacrée aux agriculteurs camerounais
Introduction. D’après la Banque mondiale, l’agriculture emploie environ 60 % de la population active au Cameroun. Ceux qui s’y lancent, plus particulièrement les jeunes, doivent braver de nombreux obstacles. Dans une série de portraits, de reportages et d’interviews, Agripreneurs d’Afrique vous raconte les parcours de ces exploitants agricoles. Mais également des paroles d’experts qui analysent le secteur.
Lorsque Georges Ngamkam Sielenou était tout petit, il avait trois objectifs bien précis en tête. Grandir, d’abord. Économiser de l’argent, ensuite. S’installer, enfin, à Douala, capitale économique du Cameroun. Né dans une famille d'agriculteurs de l'ouest du pays, le jeune homme au sourire contagieux n’a jamais rêvé d’y faire carrière. Il était fasciné par la cité commerciale et sa vie bouillonnante.
« Ce n’était même pas dans ma tête: le fait qu’un jour je pourrais devenir agriculteur », avoue encore Georges, 38 ans, en parcourant son champ de 1,5 hectare niché au pied d’une pente serpentant la vallée de Djoungo, petite localité rurale située à environ trois heures de route de Douala. Aujourd’hui, le trentenaire décline pourtant son identité avec fierté.
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« L’agriculture m’apporte beaucoup de choses », poursuit le fermier qui cite, entre autres, son épouse et ses deux enfants, l’achat de son terrain et de sa plantation, la construction de sa maison avec des planches entièrement issues du bois coupée dans son champ. « Je nourris ma petite famille. Je vends l’autre pour gérer mes problèmes. » Georges assure gagner au moins 500 000 Francs CFA par an, après avoir soustrait toutes ses charges, dépenses et « géré tous mes petits problèmes ».
« Secteur sans avenir »
Malgré cette réussite et son partage d’expérience á qui le sollicite, Georges Ngamkam Sielenou continue d’observer avec tristesse de nombreux jeunes préférer les lumières tapageuses du poumon économique camerounais aux « belles promesses » des terres fertiles et volcaniques de cette localité du département du Moungo située dans la région du Littoral où poussent cacao, banane-plantain, poivre, manioc, café, papayes ...
« Les jeunes ne se projettent pas dans une agriculture perçue comme un secteur sans avenir ni valorisation sociale », analyse Edmond Ewane, ingénieur agronome et directeur technique d’Agriculture Au Cameroun. « Les jeunes quittent les campagnes pour les villes, attirés par la promesse d'un emploi moins pénible, mieux rémunéré et plus valorisé socialement », appuie Dr Claude Gnacadja, enseignant chercheur à l'université Internationale de Libreville Berthe et Jean au Gabon qui a effectué des travaux sur la question.
D’après la Banque Mondiale, l’agriculture emploie pourtant environ 60 % de la population active au Cameroun. Mais des jeunes qui s’y lancent comme Georges Ngamkam Sielenou doivent braver de nombreux obstacles: absence d’accompagnement financier, maladies attaquant des plantes, cherté des intrants agricoles, problème foncier, changements climatiques, mauvais état des routes…
Astuces de réussite
Sur le terrain, des agriculteurs rencontrés demandent d’ailleurs, dubitatifs : « est-ce qu’en répondant à vos questions ça changera quelque chose? Aurais-je des financements? » « Aujourd’hui, on ne peut pas dire qu’on gagne plus parce que tout est devenu tellement cher, soupire Pascal Demanou, 38 ans, en balayant du regard ses plants d’ananas qui s’étendent à perte de vue. La main-d'œuvre est devenue chère. Tout est devenu cher. »
« Le financement pose problème et la plupart des banques commerciales ne veulent pas financer l’agriculture, explique Jean Claude Konde, délégué régional de l’agriculture et du développement rural du Littoral qui reconnaît que l’Etat n’apporte aujourd’hui aucune aide financière directe aux fermiers. Il ne reste pas grand chose dans le financement. » Pour s’en sortir, certains mettent sur pied leurs propres astuces. Leurs propres méthodes.
Dans une série de portraits, de reportages et d’interviews, Agripreneurs d’Afrique vous raconte les parcours singuliers parfois fragmentés de ces agriculteurs. Leurs réussites et la manière dont ils surmontent les difficultés. Mais également des paroles d’experts qui analysent le secteur.
Josiane Kouagheu
Cette série a été réalisée avec le soutien d’Africa No Filter.