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Au Cameroun rural, la main-d’oeuvre agricole se raréfie

Au Cameroun rural, la main-d’oeuvre agricole se raréfie
Josiane Kouagheu
Josiane Kouagheu
  • 10-Apr-2026 10:00:00

« Voix agricoles ». Épisode 8. La journée de travail vaut 10 000 Francs CFA voire plus dans certaines localités. Dans les régions du Centre, du Littoral et du Sud-Ouest, des agriculteurs se plaignent de la cherté et rareté d’employés agricoles. D'après la Banque africaine de développement, les emplois dans le secteur de l’agriculture sont passés de 75% en 1990 à 54 % en 2018, soit une chute de 21% dans le pays. 

 

 

 

 

Paul Teuzanou est fatigué. Après une longue journée de travail dans son champ d’un hectare de manioc, d’ignames, de graines de courges, de macabo et de banane plantain, l’agriculteur sirote une bière, drapé dans son ensemble champêtre tacheté, dans un bar de Sombo, localité rurale située dans la région du Centre au Cameroun. « Tout le monde se bat à tort et à travers », murmure le paysan âgé de 42 ans entre deux gorgées. 

 

 

« Je me lève à 5 h du matin, je rentre quand la nuit tombe. » En cette période de grands travaux agricoles (préparation des terres et semis), Paul travaille tout seul. La main-d'œuvre agricole ? « Difficile parce que les patrons n’arrivent pas à payer les manœuvres », s’écrie le cultivateur, bouteille suspendue près de ses lèvres.

 

Le fermier explique que certains employés agricoles exigent jusqu’à 10 000 Francs CFA voire plus pour une tâche. 

 

 

« Obligé d’employer »

 

 

Et après un mois de paiement, le salaire cumulé engloutit une partie du budget qui devrait être destiné à financer semences, pesticides, insecticides et autres intrants. Paul Teuzanou se met à énumérer les divers tarifs : 90 000 Francs CFA au moins pour défricher un hectare, 30 000 Francs CFA pour le semis d’un sac de manioc, 100 Francs CFA minimum pour le planting d’une tête de rejet de bananier plantain... 

 

 

Introduction de notre série « Voix agricoles »

 

 

Près de lui, Chela l’interrompt et montre des dizaines de petits morceaux de semences d’ignames qu’elle apprête pour les semis. « Une tête d’igname, c’est 50 Francs CFA pour semer. 400 valent 20 000 Francs CFA ! S’ils sont trois employés, ça dépasse un salaire mensuel », fulmine l’agricultrice. Paul opine du chef et souffle avec regret : « parfois on en arrive au point où on est obligé d’employer. »

 

 

 

Deux ouvriers agricoles dans un champ de papayes à Njombé-Penja. Photo: Josiane Kouagheu / Agripreneurs d'Afrique

 




Et là encore, les travailleurs sont difficiles à dénicher. « On cherche les ouvriers à payer 5000 à 10 000 Francs CFA la journée, on n’en trouve pas », s’étonne Paul, nostalgique de l’époque où le salaire journalier valait quatre à cinq fois moins.

 

Chela le coupe à nouveau. « Je travaille et quand je me fatigue, je laisse, regrette la jeune femme de 42 ans, trois fois mére. Il y a des jeunes qui ne veulent pas le travail, la vie facile. » 

 

 

Chute de 21% des employés

 

 

 

La cultivatrice les entend encore lui dire avec fierté, ce qui l’offusque en réalité : « je ne pars pas en brousse », « je n’ai pas le temps ». « Certains jouent au parifoot. D’autres vont en ville », s’étrangle Chela, en reprenant le découpage de ses semences.

 

Paul et Chela ne sont pas les seuls paysans affectés par cette situation. Agripreneurs d’Afrique a rencontré une dizaine d’agriculteurs dans les régions du Littoral et du Sud-Ouest « ralentis » par la cherté et la rareté de la main-d'œuvre agricole.  

 

Des employés ceuillent du poivre dans une plantation de la commune de Njombé-Penja. Photo: Josiane Kouagheu / Agripreneurs d'Afrique

 

 

 

Dans son rapport sur le Cameroun publié en 2024, la Banque africaine de développement (Bad) souligne que les emplois dans le secteur de l’agriculture qui contribue à hauteur de 20 % au PIB du pays et représente 40 % des exportations totales hormis le pétrole, sont passés de 75% en 1990 à 54 % en 2018, soit une chute de 21%. 

 

Bien plus, l’institution financière note par exemple que la productivité du travail dans le secteur immobilier (79) en 2018 est de loin plus élevée que celles des autres secteurs, mais ne représente que 0,06 % de la part de l’emploi dans l’économie, « alors que l’agriculture, qui représente 54 % de l’emploi dans l’économie, a une productivité de seulement 0,3 % ».

 

 

Épisode 1. À Njombé-Penja, une passion économique pour le poivre 

 

 

 

« La part de l’emploi agricole s’est réduite au profit de celle de l’emploi dans le secteur des services », précise la Bad. Une réalité vécue par Edmond Ewane. « C'est l'un des défis les plus préoccupants que j'observe sur le terrain », avoue l’ingénieur agronome. 

 

Exode rural

 

 

« Les jeunes ne se projettent pas dans une agriculture perçue comme un secteur sans avenir ni valorisation sociale, poursuit le directeur technique d’Agriculture au Cameroun. L'exode rural s'explique essentiellement par l'attrait des villes, la pénibilité du travail agricole et la faiblesse des rémunérations en milieu rural. » 

 

 

« Les jeunes quittent les campagnes pour les villes, attirés par la promesse d'un emploi moins pénible, mieux rémunéré et plus valorisé socialement », appuie le Dr Claude Gnacadja.

 

Pour l’enseignant-chercheur à l'université internationale de Libreville Berthe et Jean au Gabon qui a effectué des travaux sur la question, l’agriculture est souvent perçue comme un secteur de subsistance, « sans avenir ni prestige ». 


Épisode 2. Dans le Moungo, des agriculteurs face aux changements climatiques 

 

 

 

Selon l’expert, la dureté des conditions de travail avec des tâches manuelles en plein soleil, sans mécanisation et des salaires journaliers faibles, ne retiennent pas les bras valides.

 

 

Des semences d'ignames coupées en morceaux par Chela. Photo: Josiane Kouagheu / Agripreneurs d'Afrique 

 

 

Par ailleurs, « le  développement de l'enseignement en milieu rural pousse les jeunes scolarisés à rechercher des emplois de bureau, creusant davantage le déficit de travailleurs agricoles », avance le Dr Claude Gnacadja.

 

 

Cherté 

 

 

Par conséquent, les jeunes qui restent sont rares et exigent plus. À Mbanga, une localité rurale située dans la région du Littoral, Bien Paul Yemeli parle de « chance ». Car la main-d’œuvre est passée de 1500  à 3 000 Francs CFA la journée et va jusqu’à 5 000 F.CFA dans certains champs de poivre et cacao des bourgs proches.  

 

 

« Ce n’est qu’ici à Mbanga qu’on a encore le temps de voir des jeunes et de les supplier au moins à 2500-3 000 Francs », confie le producteur de noix de palme, de poivre et de cacao de 52 ans. 

 

Bien Paul Yemeli (gauche) est un producteur de cacao, de poivre et de noix de palme. Photo: Josiane Kouagheu / Agripreneurs d'Afrique 

 

 

 

En effet, à Djoungo, ville rurale voisine, Georges Ngamkam Sielenou, 38 ans, a beau chercher, il n’en trouve pas.  « Ce qui nous tue, c’est la main d'œuvre. »

 

 

Les rares employés qui acceptent exigent de fortes sommes : 4000 à 5000 Francs CFA la journée, ce qui n’est pas tenable à long terme pour le jeune agriculteur qui possède 1,5 hectares de cultures diverses: cacao, maïs, poivre, banane-plantain…

 

 

« La main-d'œuvre est devenue chère », se plaint Pascal Demanou, en parcourant son champ d’ananas logé dans la commune de Njombé-Penja, dans le Littoral.

 

 

Épisode 3. Sauvé de l'exode rural par l'agriculture

 

 

À ses débuts, la journée de travail oscillait entre 1000 et 2000 francs Cfa. Aujourd’hui, les saisonniers demandent 3 000 Francs CFA et plus, « pour venir travailler jusqu’à 11 h » du matin, rage-t-il.

 

 

Pénibilité

 

 

Des employés agricoles rencontrés évoquent la pénibilité du travail. Beaucoup acceptent ces travaux avec pour seul objectif de financer leur propre plantation. Arthur Nyorasel, 24 ans, perché sur une échelle, cueille  du poivre depuis 7h du matin dans une plantation de Njombé.

 

Un travail laborieux qu’il effectue jusqu’à midi ou 13h contre 3 500 francs CFA, parfois plus. Une somme d’argent qui lui permet de réinvestir en achetant des rejets de bananier plantain. 

 

 

 « Je prends mon temps pour faire mon champ aussi », précise le jeune homme rencontré fin Janvier 2026 et qui compte arrêter dès les premières pluies pour se consacrer à sa parcelle.

 

Dans la région du Sud-Ouest, le jeune Kennedy Kwenchi, 22 ans, partage son temps entre sa plantation et les « jobs ». Il gagne souvent jusqu’à 10 000 Francs CFA la journée. Le travail consiste à arroser des champs, soit 400 à 500 Francs CFA par arrosoir vidé. 

 

Le jeune Kennedy, agriculteur et employé agricole dans la région du Sud-Ouest. Photo: Josiane Kouagheu / Agripreneurs d'Afrique 

 

 


Une tâche fatigante. Kennedy doit parfois recruter une  personne supplémentaire qui l'aide à transporter de l’eau afin de remplir
l’arrosoir.

 

« Ça c’est l’argent pour supporter la ferme », indique-t-il. « C’est pénible jusqu'à ce que le feu sorte, admet Paul Teuzanou qui finit parfois par éprouver moins de rancœur envers ces ouvriers. Les moustiques, la poussière… »  

 

 

Cadre de vie

 

 

D’après le Dr Claude Gnacadja, pour inverser cette tendance, il est important de mécaniser et moderniser les tâches agricoles pour réduire la pénibilité physique. 

 

« Un agriculteur équipé d'un motoculteur ou d'une petite moissonneuse peut remplacer plusieurs journaliers, tout en rendant le métier plus attractif », explique l’enseignant-chercheur à l'université internationale de Libreville Berthe et Jean au Gabon.

 

 

 

Pascal Demanou, jeune agriculteur de 38 ans, affecté par la cherté de la main d'oeuvre agricole. Photo: Josiane Kouagheu/ Agripreneurs d'Afrique 

 



Cet expert insiste également sur la revalorisation des salaires agricoles en améliorant la rentabilité des exploitations; l’organisation du travail en coopératives ou groupements afin de mutualiser la main-d'œuvre lors des périodes de pointe (semis, récoltes), réduisant ainsi la dépendance à une main-d'œuvre salariée rare et coûteuse; et l’investissement dans le cadre de vie rurale : accès à l'eau, à l'électricité, aux soins, à internet. «  Les travailleurs restent là où leurs conditions de vie sont décentes », conclut-il. 

 

 

 

Josiane Kouagheu

 

Cet article a été réalisé grâce au soutien d’Africa No Filter 

 

 

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