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Cameroun: sauvé de l’exode rural par l’agriculture

Cameroun: sauvé de l’exode rural par l’agriculture
Josiane Kouagheu
Josiane Kouagheu
  • 03-Apr-2026 10:00:00

« Voix agricoles ». Épisode 3. Il y a une décennie, Georges Ngamkam Sielenou n’avait qu’un rêve: vivre à Douala, la capitale économique du pays. Puis il a été gagné par la fièvre agricole. 

 

 

Georges Ngamkam Sielenou s’apprête pour le champ. Il enfile des bottes de caoutchouc sur un vieux pantalon de pompiers, remplit un récipient de cinq litres d’eau et  détache par la suite un petit sac contenant des graines de maïs. Il prélève une quantité.

 

Puis, il remplit son ballot champêtre: houe, bidon d’eau, ananas, canne à sucre, machette, semences… Georges ferme la porte de sa maison et prend le chemin de sa plantation nichée au pied d’une pente serpentant la vallée de Djoungo, petite localité située à trois heures de route de Douala, capitale économique du Cameroun.

 

 

En cette matinée ensoleillée, le jeune homme âgé de 38 ans a du pain sous la planche. Préventif, il déguste une longue tige de canne à sucre pour se donner de l’énergie au fur et à mesure qu’il longe les pistes et se fraye un chemin entre les plants de cacao et branches de manguiers et autres arbres fruitiers. À l’entrée de  sa parcelle, Georges Ngamkam Sielenou scanne l’état de ses cultures. 

 

 

Introduction de notre série « Voix agricoles »

 

 

La plantation de 1,5 hectare est une « mixture »: plus de 600 pieds de cacao, plus de 100 pieds de banane-plantain, deux garcinia kola (arbres de bitter cola), des safoutiers, une cinquantaine de poivriers, des palmiers à huile, un carré de maïs, du piment, etc. 

 

 

 

Georges Ngamkam Sielenou, 38 ans, n’a jamais rêvé de faire carrière dans l’agriculture. Il rêvait de vivre à Douala, la capitale économique du Cameroun. Photo: Josiane Kouagheu / Agripreneurs d’Afrique 

 



« 
J’ai mis un peu de tout au champ. » Au fur et à mesure qu’il navigue entre les plants, Georges désherbe, débroussaille, contrôle les poivriers, se courbe pour toucher les quelques pieds de cacao qui se sèchent. « C’est un manque de moyens pour le suivi », poursuit le trentenaire qui s’interrompt à la vue de ses jeunes plants de piment. 

 

 

Expérimentation

 

 

Georges est en phase d'essai. « Si ça réussit, l’année prochaine, je mets au moins 500 pieds de piment. » Sa spécialité, son « domaine » comme il le dit, est la maîtrise des cultures de maïs, de cacao et de banane-plantain. Il expérimente le reste. C’est un peu comme ça que le jeune homme a appris. Même s’il est né dans une famille d'agriculteurs à l’Ouest du Cameroun (élevé par sa grand-mère), il n’a jamais rêvé d’y faire carrière. 

 

 

Épisode 1. Cameroun: à Njombé-Penja, une passion économique pour le poivre 

 

 

Lorsqu’il quitte d’ailleurs son bourg pour Mbanga, localité rurale située à une soixantaine de kilomètres de Douala, il n’a qu’un seul objectif en tête: économiser assez d’argent afin de s’établir dans la capitale économique. Le coin ne l'intéresse « même pas d’abord ». Là-bas, entre 2012 et 2014, il s'exerce dans la vente des beignets avec son cousin. Lorsque l’activité ralentit, Georges décide de réaliser son rêve: rejoindre enfin Douala. Il a 280 000 Francs CFA d’épargne. 

 

 

Mais avant de s’en aller, il doit rendre une dernière visite à son tuteur, son « père », pour lui dire au revoir. Cet enseignant des lycées aujourd’hui décédé, avait vécu dans plusieurs régions du pays au gré de ses affectations. À l’époque, il est à la retraite. Son épouse et lui écoutent leur neveu raconter son plan. 


 

Dans sa plantation de 1,5 hectare Georges Ngamkam Sielenou a mis sur pied plus de 600 pieds de cacao, plus de 100 pieds de banane-plantain, deux garcinia kola (arbres de bitter cola), des safoutiers, une cinquantaine de poivriers, des palmiers à huile, un carré de maïs, du piment, etc. Photo: Josiane Kouagheu / Agripreneurs d’Afrique 

 

 



Puis, il lui dit: «
nous avons fait le tour du Cameroun. Même si tu as un million de francs Cfa, l’argent va finir » après avoir payé la location, la nutrition, l'électricité et régler d’éventuels problèmes de santé et autres. Son « père » lui explique que sans formation, en un an, le risque de se retrouver à la rue est grand car la vente étant imprévisible. L’agriculteur se souvient encore de la discussion:

 

 

  •  «  Comme tu sais travailler la terre, reste ici tu te bats.

 

  • Je vais me battre comment ici sans avoir de champ ? », demande alors Georges, dépité et frustré de ne pas avoir obtenu les encouragements espérés. 

 

 

600 000 F.CFA en un an

 

 

Son tuteur lui propose de louer un demi-hectare de terre qu’il possède, pour 40 000 Francs CFA l’an. Après réflexion, Georges Ngamkam Sielenou accepte. Il verse 120 000 Francs CFA pour trois ans. La plantation possède 13 kolatiers et quelques vieux pieds de cacaoyers. Le jeune homme nettoie en profondeur, taille les branches sèches, coupe les plants abîmés. Durant un an, il alterne entre son champ et les jobs qu’il effectue à la journée dans d’autres plantations contre 2000 à 3000 Francs Cfa. 

 

 

Épisode 2. Dans le Moungo, des agriculteurs camerounais face aux changements climatiques

 

 

Après 12 mois d'intenses travaux, les kolatiers produisent (le sac vaut 65 000 Francs Cfa à l’époque). Le cacao aussi. Après les ventes, Georges se retrouve avec 600 000 Francs CFA. Il est gagné par la fièvre agricole. En 2015, il loue pour trois ans un « grand » champ de cacao de deux hectares à raison de 300 000 Francs Cfa. 

 

Le champ est en mauvais état et cette fois-ci, Georges ne peut s’en occuper tout seul. Il paie la main-d'œuvre pour défricher et faire une « taille générale » des arbres. Sur les espaces libres, l’agriculteur sème des banane-plantains, manioc, macabo et autres cultures vivrières afin d'avoir de quoi « manger à la maison ».   

 

 

Un an plus tard, il double ses ventes et se retrouve avec 1,2 million de Francs Cfa. Georges Ngamkam Sielenou comprend à ce moment-là que son tuteur « avait raison ». Il retourne d’ailleurs le voir afin de le remercier et lui soumettre le besoin de posséder son « propre petit terrain » qui le tenaille.

 

 

Un cacaoyer dans le champ de Georges Ngamkam Sielenou. Photo: Josiane Kouagheu / Agripreneurs d’Afrique 

 



À l’époque, il loue une petite chambre à 3 000 francs CFA le mois. Son «
père » apprécie l’idée et le dirige. Le jeune homme achète pour 500 000 Francs CFA, son premier espace où il construit sa maison par la suite.

 

 

Achat du premier champ

 

 

Quelques mois plus tard, il achète avec le reste de l’argent (600 000 Francs CFA), le domaine de 1,5 hectare qu’il parcourt aujourd’hui d’un bout à l’autre, avec fierté. Ce jeudi, trois grandes tâches l'attendent d’ailleurs. Le semis de maïs, le repiquage de banane-plantain et le prolongement (désherbage) du marécage à l’extrémité de son champ. L’agriculteur débute par l'ensemencement. Durant plus de deux heures et malgré le soleil qui cogne fort, Georges sème deux à trois graines par trou.

 

 

Il se repose par la suite à l’ombre, boit de l’eau, pèle une tête d’ananas, déguste une tige de canne à sucre. Revigoré, il se dirige vers sa pépinière de jeunes plants de cacaoyers. Une autre adaptation. Car avec l’expérience, l’exploitant agricole a appris de ses échecs et réussites.

 

Au début, il construisait sa pépinière à domicile. Il devait alors acheter des semences, des sachets (pots), de la terre, du matériel pour le hangar, assurer l’arrosage régulier et transporter ensuite des plants pour sa ferme. Il a depuis décidé d’exploiter le marécage situé en contrebas de sa parcelle.

 

 

Introduction de notre série « Chercheuses d’Afrique »

 

 

« J’ai étudié ce système. Ça me facilite la tâche. Je ne suis plus là pour me casser la tête, se réjouit M. Sielenou. Je peux même faire une semaine sans venir ici. Comme c’est le marécage, la terre est mouillée. » Ses 800 graines de cacao ont germé et réussi. Au fur et à mesure, le fermier les replante. La zone humide lui permet également de produire en toute saison. Sa famille ne « manquejamais » de nourriture. 


Ses 800 fèves de cacao ont germé et réussi. Une vue de la pépinière de Georges Ngamkam Sielenou. Photo: Josiane Kouagheu / Agripreneurs d’Afrique 

 



En effet, au-delà des produits destinés à la vente comme le cacao, le manioc et autres, Georges cultive les aliments pour la maison: maïs, macabo, piment... Les quelques pieds de palmiers à huile (40 litres d’huile rouge après chaque récolte) couvrent par exemple entièrement la consommation familiale annuelle. 

 

« Je n’ai plus de problème d’huile à la maison. » Il lui arrive aussi de combiner besoins familiaux et commerciaux. Le carré (au marécage) des plantes produisant des feuilles destinées à l’emballage des bâtons de manioc très prisés et consommés à travers le pays, en est une illustration.

 

 

Manque de moyens financiers

 

 

Une fois, alors qu’il vendait du manioc au marché de Mbanga, une cliente lui a glissé, sous le ton de la confidence : « si tu as le marécage, je te conseille de cultiver ces plantes. Ça rapporte plus que les cacaoyers. » Il les vend aujourd’hui toute l’année. 

 

Des clientes se bousculent pour les lui acheter. Un revenu qui, additionné aux autres ventes, lui permet d’acheter des aliments comme le riz, le poisson et condiments. Les petites feuilles vertes servent aussi à cuisiner à la maison. 

 

 

Après plus d’une décennie, Georges Ngamkam Sielenou a oublié son rêve d’exode rural. Quand il se rend d’ailleurs à Douala aujourd’hui pour rendre visite à ses amis et membres de la famille, il n’a qu’une envie: retourner à ses champs.

 

 

Georges Ngamkam Sielenou lime sa machette. Photo: Josiane Kouagheu / Agripreneurs d’Afrique 

 

 



«
L’agriculture m’apporte beaucoup de choses », souligne le fermier qui cite, entre autres, son épouse et ses deux enfants, l’achat de son terrain et de sa plantation, la construction de sa maison avec des planches entièrement issues du bois coupée dans son champ. 

 

« Je nourris ma petite famille. Je vends l’autre pour gérer mes problèmes. »  Georges assure gagner au moins 500 000 Francs CFA par an, « ayant déjà géré tous mes petits problèmes ». Malgré ces avantages, il n’est pas à l’abri des problèmes.

 

Deux grandes difficultés l’handicapent. Le manque de moyens financiers l’empêche d’étendre et de prendre soin de ses cultures ou encore d'acheter d’autres espaces (il continue de louer son « grand » champ de deux hectares). 

 

Raréfaction de la main d’oeuvre

 

 

Mais l’absence de la main d'œuvre agricole reste son véritable talon d’achille. « Ce qui nous tue c’est la main d'œuvre. » Georges a beau chercher, il n’en trouve pas. Les rares employés qui acceptent exigent de fortes sommes: 4000 à 5000 Francs CFA la journée, ce qui n’est pas tenable à long terme.

 

Et le travail ne suit pas toujours, ajoute-t-il. D’après Edmond Ewane, la raréfaction de la main d'œuvre agricole, « est l'un des défis les plus préoccupants » qu’il observe sur le terrain. 


Des jeunes plants de maïs dans la partie marécage du champ de Georges Ngamkam Sielenou. Photo: Josiane Kouagheu / Agripreneurs d’Afrique

 



Pour cet ingénieur agronome, cette situation causée par l’exode rural, s'explique «
essentiellement » par l'attrait des villes, la pénibilité du travail agricole et la faiblesse des rémunérations en milieu rural.

 

« Les jeunes ne se projettent pas dans une agriculture perçue comme un secteur sans avenir ni valorisation sociale », déplore le directeur technique d’Agriculture Au Cameroun. 

 

A l’en croire,  pour inverser cette tendance, il faut réduire la pénibilité du travail pour le rendre plus attractif, améliorer l'accès aux infrastructure rurales ( l'accès à l'électricité, à internet, à des routes praticables) et rendre l’agriculture attractif en changeant « le regard des jeunes sur ce secteur ». 

 

 

En attendant, Georges Ngamkam Sielenou s’organise comme il peut. Il travaille seul la plupart des 365 jours de l’année (hormis les dimanches et jours de vente). Mais en période de travaux (grands semis,  récoltes, désherbage), il est contraint de recruter des saisonniers, malgré leurs exigences. 

 

 

Josiane Kouagheu

 

 

Cet article a été réalisé grâce au soutien d’Africa No Filter

 

 

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