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Dr Levai Lewis Dopgima : « Il faut étudier le sol pour voir si ça contient vraiment ce que la plante veut »

Dr Levai Lewis Dopgima : « Il faut étudier le sol pour voir si ça contient vraiment ce que la plante veut »
Josiane Kouagheu
Josiane Kouagheu
  • 06-Apr-2026 10:00:00

« Voix agricoles ». Épisode 4. À Njombé, localité rurale située dans la région du Littoral au Cameroun, les agriculteurs cultivent des papayes, de l’ananas, du poivre blanc, de la banane-plantain ou encore du manioc. Si ces terres volcaniques sont réputées fertiles, plusieurs agriculteurs font aujourd’hui face à de nombreux problèmes : appauvrissement des sols, maladies attaquant leurs plantes, effets des changements climatiques …

 

 

À l’Institut de recherche agricole pour le développement (IRAD) de Njombé, les scientifiques mènent des recherches afin de « résoudre les problèmes de différentes spéculations », assure Dr Levai Lewis Dopgima, chef de station. En ce 11 février 2026, alors que des paysans se preparent pour les premiers plantings prévus en mars, le climat est incertain. 


Introduction de notre série « Voix agricoles »

 

 

« Il y a des gens à Njombé qui n’ont eu que deux pluies. Il y a des gens qui sont à Penja qui ont eu des pluies depuis », poursuit ce spécialiste en microbiologie qui travaille sur les pertes post-récoltes. Njombé et Penja, deux bourgades voisines constituant la commune de Njombé-Penja, ne sont pourtant séparées que par de fines pistes terrestres. Certaines plantations sont même à cheval entre les deux villes rurales. 

 

« Donc on ne conseille pas aux gens d’aller planter maintenant », ajoute Dr Levai Lewis Dopgima. Pour Agripreneurs d’Afrique, ce chercheur par ailleurs chef de la cellule d’appui scientifique à la zone 4 (les régions du Sud-Ouest, du Littoral et la partie maritime de la région du Sud) de l’Irad revient sur cette situation et les travaux de l’Institut.  

 

 

Que fait la station de l’Irad de Njombé pour les agriculteurs de la localité et des environs ? 

 

 

La station de Njombé est une station polyvalente. Donc on mène les recherches sur les spéculations comme le manioc, la papaye, les espèces fruitières. Il y a la production du matériel végétal par des méthodes qui font en sorte qu’on produise des matériels sains et en nombre. En qualité et en quantité. Il y a différentes spéculations qui sont produites à la station.

 

 

Épisode 1. À Njombé-Penja, une passion économique pour le poivre

 

 

 

Il y a la production de la semence. On regarde toute la chaîne de valeur. Et puis on accompagne les paysans à mettre sur pied leurs exploitations. Et les experts qui accompagnent les paysans en production. 

 

 

Comment les accompagnez-vous précisément ?

 

 

La première chose est de demander au paysan où se trouve son champ. Parfois on leur conseille des espèces par rapport au niveau du sol parce qu’il faut aussi regarder le sol pour voir si ça peut accommoder la plante. On commence par là pour voir si l’exploitation que le paysan veut faire est faisable, rentable, tous ces aspects avant de passer au niveau des semences. 


Épisode 2. Des agriculteurs face aux changements climatiques

 

 

Donc on va fournir les semences et on va assister le paysan avec les fiches techniques. Si le paysan veut, il peut faire la demande et il y a des techniciens qui peuvent aller sur place pour l’aider de la mise sur pied jusqu’à la récolte. 

 

 

Comment cela améliore-t-il leur culture ?

 

 

Il y a des recherches qui ont été faites. Il y a la densité de plantes qu’il faut. Comment manager (gérer). Et quand on fait ça, ça donne un rendement, économiquement rentable pour le paysan, pour les gens qui suivent les fiches techniques.

 

Donc nous sommes là pour dire aux paysans : « voilà la façon que tu fais localement, voilà ce qu’il faut faire dans les normes pour avoir une bonne production et puis l’accès au marché ».

 

 

Prenons le cas du manioc, l'une des cultures les plus pratiquées. Que leur donnez-vous comme conseils ? 

 

 

On conseille les paysans en production de mettre la bouture à un mètre (espacement entre les boutures). Disons que ça va faire une densité de 10 000 boutures par hectare. Il y a des paysans qui peuvent avoir un hectare et ils vont semer n’importe comment et ça ne doit pas avoir cette densité. 

 

Donc il peut dire qu’il a un hectare de manioc alors qu’il n’a pas planté 10 000 boutures. Vous voyez que jusque là, on va l’aider à bien utiliser l’espace s’il veut faire la monoculture. Et quand tu fais ça, il faut s’assurer que le matériel est bon.

 

Épisode 3. Sauvé de l'exode rural par l'agriculture 

 

Il y a des calculs que les agro-économistes font pour te montrer comment ça sera rentable ou bien quels types de transformation vous pouvez faire avec votre manioc.

 

 

Un champ de manioc à Mbanga, dans le Moungo, région du Littoral. Photo: Josiane Kouagheu/ Agripreneurs d'Afrique 

 


 


Ce n’est pas quelque chose qui est fixe. Mais il y a des fiches techniques. Quand les paysans passent, il y a des fiches techniques qu’on peut leur donner. Et par rapport aux fiches techniques, ils peuvent investir leur argent. 

 

 

Est-ce le même procédé pour les espèces telles la papaye, le poivre, l’ananas, abondamment cultivées à Njombé ? 

 

 

Il y a des fiches techniques pour toutes ces spéculations. C’est pareil. La recherche a déjà travaillé sur ces espèces. Il y a des normes à respecter si vous voulez vraiment faire. Ce sont des guides de bonne pratique pour les différentes spéculations. 

 

 

Les agriculteurs préfèrent le plus souvent utiliser leurs méthodes ancestrales. Sont-ils réceptifs aux résultats de vos recherches ? 

 

 

Pour ceux qui veulent faire de ça leur métier, ils respectent. Parce que pour ceux qui doivent prêter l’argent pour établir leur champ, il faut toutes ces données. Les banques vont demander tout ça et les gens qui ont fait ça, ils ont réussi. 

 

 

Sur le terrain, de nombreux producteurs se plaignent des effets liés aux changements climatiques qui jouent aujourd’hui sur leur productivité, indépendamment de leur investissement et bonne conduite agricole …

 

 

Les changements climatiques: parfois il y a des saisons sèches qui s’étendent. Il y a des pluies qui viennent tôt ou tard. Comme maintenant on a eu deux grandes pluies (au 11 février 2026, jour de l’interview) et ça s’annonce que les pluies vont s’arrêter.

 

Donc on ne conseille pas aux gens d’aller planter maintenant. Tout ça joue sur certains facteurs et nous donnons des conseils par rapport aux données que nous avons. On donne des conseils par rapport aux faits. Ce n’est pas seulement les spéculations. 

 

 

Quels conseils ?

 

 

Il n’y a pas de conseil fixe. C’est spéculation par spéculation. Il y a certaines plantes qui sont résistantes, qui sont robustes. Et puis il y a des Climate-smart approach pour certaines spéculations. Donc ce n’est pas général : c’est quelque chose qu’on prend cas par cas. 


 

Un champ de papayes à Njombé. Photo: Josiane Kouagheu/ Agripreneurs d'Afrique 

 



Si quelqu’un veut mettre une palmeraie sur place, c’est différent de quelqu’un qui veut mettre le maïs parce que le maïs est un peu très sensible. Cela a un cours cycle. Donc si tu ne peux pas irriguer, il faut attendre que les pluies arrivent avant de planter. S’il faut irriguer, vous pouvez y aller avec l’irrigation et on juge aussi selon les bénéfices de chaque production. S’il y a un cours d’eau à côté, vous pourrez irriguer. 

 

Je ne veux pas dire qu’il faut transporter de l’eau de Mbanga pour venir irriguer à Njombé sinon tant qu’on perd, le taux de bénéfice sera moins. Vous voyez que c’est au cas par cas. Ce n’est pas un truc général que tu peux appliquer. Il y a des cultures qui peuvent résister à la sécheresse. Il y en a certaines qui ne peuvent pas. 

 

 

Certains agriculteurs de poivre par exemple choisissent d’arroser leurs plantes pied par pied, transportant de l’eau dans des récipients pour la plantation. Est-ce quelque chose que vous recommandez ? 

 

C’est pourquoi je dis qu’il faut faire un Cost analysis (analyse des coûts). Quels sont les dangers que vous allez avoir si vous n’arrosez pas et combien il faut pour arroser ? Qu’est-ce que tu auras comme gain à la fin ? Ce n’est pas quelque chose que tu peux sur le coup conseiller à quelqu’un de faire ou bien de ne pas faire. 


Guy Merlin Tchamtchou, un producteur de poivre puise de l'eau pour arroser ses poivriers. Photo: Josiane Kouagheu/ Agripreneurs d'Afrique 

 


 


Il y a certaines personnes qui peuvent mettre des tuyaux et puis avec ces motopompes, s’il y a un cours d’eau à côté, ils peuvent faire ça. Mais tu ne peux pas transporter des centaines ou bien des milliers de litres pour aller arroser sinon à la fin tu n’auras rien. 

 

Sur le terrain, certains agriculteurs assurent pourtant l’avoir fait en 2024. Un autre fait l’arrosage depuis le 4 décembre 2025 …

 

C’est pourquoi je dis que ça dépend et c’est au cas par cas. Parce qu’il y a des gens à Njombé qui n’ont eu que deux pluies. Il y a des gens qui sont à Penja qui ont eu des pluies depuis. Donc c’est quelque chose de cas par cas. 

 

Est-ce que vous accompagnez ce genre de paysans ?

 

À l’Irad, nous ne pouvons pas accompagner les gens financièrement. Il y a seulement l’appui technique. Même matériel c’est au niveau du Minader (Ministère de l’agriculture et du développement rural). À l’Irad c’est la technique. L’accompagnement est technique et parfois ce n’est pas gratuit. Si quelqu’un (un scientifique) doit aller dans ton champ, tu dois le transporter.

 

 

Face à ces problèmes, beaucoup se tournent vers l’achat et l’utilisation frénétique des pesticides et intrants…

 

Quand il y a des maladies il faut pulvériser. Il y a des pesticides bio que les chercheurs de l’Irad ont développés. Il y a même des engrais bio. C’est pourquoi je dis qu’il faut étudier le sol pour voir si ça contient vraiment ce que la plante veut.

 

Ce n’est pas seulement de doser les engrais. Il faut faire l’analyse du sol et voir si la demande de la plante est atteinte. Sinon il faut l’apporter de manière extérieure. Donc il faut mettre l’engrais. 

 

On ne peut pas faire d’énormes superficies de production sans utiliser l’engrais parce que le sol ne sera pas uniforme. Et tu as fait des projections. Tu veux que chaque plante atteigne sa production optimale.  

 

Ont-ils accès à l’engrais de qualité ? Beaucoup se plaignent de leur mauvaise qualité…

 

Tout ça est au marché. Il y a d'énormes programmes pour homologuer les engrais et les pesticides. Le paysan est parfois têtu. S’il vient et qu’on fait l’analyse des sols, on va recommander tel engrais pour utiliser.

 

C’est comme toi qui mange seulement le couscous chaque jour. On te dit que tu as un manque de protéine. Tu as un manque de certains éléments qu’il faut ajouter dans ton plat. Certains vont utiliser l’engrais qui est approprié peut-être pour la cacaoyère pour mettre dans leur champ de tomates. Ce n’est pas la même chose.

 

Peut-être n’ont-ils pas l’information…

 

L’information est gratuite chez nous. Si la personne vient à la station, on peut la mettre en lien avec un chercheur. Mais le chercheur ne va pas discuter tant qu’il n’a pas de faits. Il faut aller faire les analyses.

 

 

Un champ d'ananas dans la commune de Njombé-Penja. Photo: Josiane Kouagheu/ Agripreneurs d'Afrique 

 

 

On ne va pas te recommander l’engrais alors qu’on n’a pas fait l’analyse du sol. Et si le paysan refuse de faire l’analyse du sol, tu vas recommander l’engrais sur la base de quelles données?

 

Quel est le coût d’une telle analyse ?

 

Les chercheurs ont leur barème journalier. Si la personne doit passer un, deux, trois jours, ça va de 10 000 jusqu’à peut-être 50 000 Francs CFA la journée. 

 

Est-ce à la bourse de l’agriculteur lambda ? 

 

Comment peux-tu peux faire une exploitation d’un hectare et ne pas payer 50 000 Francs CFA ? Les chercheurs aussi ne peuvent pas travailler pour rien. 

 

Pourquoi donc ne veulent-ils pas venir vers vous ?

 

Certains veulent rester dans leur système avec lequel ils ont grandi. Mais de plus en plus ça change. Il y a très peu de gens qui vont faire de grandes exploitations sans demander l'information auprès des instituts de recherche. Je ne peux pas donner de chiffres mais il y a des gens qui demandent des tests avant de commencer à faire leurs exploitations. 

 

 

Est-ce aussi un signe de l’appauvrissement des sols ? 

 

Je ne peux le dire exactement. Mais quand vous êtes déjà sur le même sol pendant des années, ça va devenir pauvre parce que tout ce que tu enlèves du champ est la richesse qui était dans le sol.

 

La plante a besoin des produits chimiques qui sont dans le sol mélangés à ce qui est dans l’environnement pour produire les fruits qu’on enlève. Et quand on enlève ces fruits, c’est la richesse du sol qui est en train de partir. 

 

Ça veut dire que les sols deviennent de plus en plus pauvres dans la localité ?

 

Oui, oui. 

 

Que faites-vous actuellement pour améliorer cette situation et l’agriculture en général ?

 

C’est la recherche. À chaque problème, sa solution. Quand les paysans ont des problèmes, ils nous les signalent, on fait la recherche sur ça pour apporter des ajouts. S’il y a une maladie qui s’installe, on cherche la meilleure façon d’affronter cette maladie pour réduire le taux de cette maladie.

 

 

Ainsi, la production peut rester constante et optimale. Et puis voir comment on peut l’améliorer. La recherche est constante. Ce n’est pas comme s’il y a un terme particulier qu’on fait sur la recherche. 

 

Nous sommes en train de faire une recherche pour le développement. Donc à chaque problème on cherche sa solution et on voit comment résoudre ou bien enlever ce problème. 

 

Quel est le projet qui vous occupe le plus actuellement ou la maladie qui sévit le plus dans la région?

 

À chaque plante sa maladie. Par exemple pour le manioc c’est la mosaïque et pour l’instant il n’y a pas un traitement pour la mosaïque. Donc la meilleure façon de faire est d’avoir un matériel qui est plus ou moins de bonne qualité pour éviter cette maladie. Donc on conseille: « quand tu vois cette maladie, il faut enlever la plante ».

 

Sinon après il faut tout détruire …

 

Si, si, si. Parce que si tu étales la production, tu n’auras presque rien. Tu vas travailler pour rien. 

 

 

 

Josiane Kouagheu

 

 

Cet article a été réalisé grâce au soutien d’Africa No Filter

 

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