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Cameroun: « sans plan, l'agriculteur avance à l'aveugle »

Cameroun: « sans plan, l'agriculteur avance à l'aveugle »
Josiane Kouagheu
Josiane Kouagheu
  • 09-Apr-2026 10:00:00

« Voix agricoles ». Épisode 7. Selon la Banque mondiale, l’agriculture occupe 60% de la population active au Cameroun.  En 2011, Paul Biya, président de la République depuis plus de 42 ans, annonçait l’ouverture de la Banque agricole qui devait permettre le « renforcement du dispositif de financement des activités rurales ». Suspendu, le projet a finalement été abandonné.  

 

Depuis, le Cameroun a mis en place de nombreuses initiatives financées à hauteur de certaines de milliards de Francs CFA qui peinent à satisfaire le monde rural.  

 

Le manque de financement est le problème qui revient le plus au cours d’interviews réalisées  auprès d'une vingtaine d’agriculteurs rencontrés dans les régions du Littoral, du Sud-ouest et du Centre. Plusieurs se sont lancés avec ce qu’ils avaient et ont été très vite limités par les fonds. Les jeunes paysans sont particulièrement affectés. 

 

Selon les experts, l’exploitant agricole qui met sur pied un plan de gestion avant ses débuts, affronte moins de difficultés car ce document l'« oblige » à quantifier les coûts réels, à projeter les revenus de manière réaliste ou encore à identifier les facteurs de risque.

 

 

Pour Agripreneurs d’Afrique, trois spécialistes du Cameroun, du Sénégal et du Gabon ayant travaillé sur la question reviennent sur les raisons de l’absence de financement, l’importance d’un plan de gestion et donnent des  pistes de solutions. 

 

 

Pourquoi les jeunes agriculteurs sont-ils freinés par le financement ?

 

 

Edmond Ewane, ingénieur agronome au Cameroun : 

 

Le problème est à la fois structurel et comportemental. Du côté structurel, les institutions financières classiques exigent des garanties (titres fonciers, bilans comptables) que la majorité des jeunes agriculteurs ne peuvent pas fournir. Le secteur agricole est par ailleurs perçu comme risqué notamment à cause de la dépendance aux aléas climatiques et aux marchés volatils.

 

 

Un agriculteur dans un champ de papayes au Cameroun. Photo: Josiane Kouagheu/ Agripreneurs d'Afrique 

 



Du côté comportemental, beaucoup de jeunes porteurs de projets arrivent sans dossier structuré devant les bailleurs. Ils ne parlent pas le « langage » des financeurs : rentabilité, retour sur investissement, gestion des risques. C'est souvent là que le blocage s'installe. 

 

 

Diagne Daouda, spécialiste de la gestion de l'agroalimentaire, du génie des procédés alimentaires et du conseil en matière de qualité au Sénégal : 

 

 

Après leurs débuts, les jeunes agriculteurs se retrouvent souvent freinés par la question du financement. Cette situation s’explique par plusieurs facteurs. D’une part, les institutions financières considèrent encore l’agriculture comme un secteur à risque, fortement dépendant des aléas climatiques et des fluctuations des marchés. 


Introduction de notre série « Voix agricoles »

 

 

D’autre part, beaucoup de jeunes producteurs ne disposent pas de garanties suffisantes pour accéder au crédit. Enfin, il existe parfois un déficit d’accompagnement technique et entrepreneurial, ce qui rend les projets moins crédibles aux yeux des bailleurs de fonds.

 

 

Dr Claude Gnacadja, enseignant chercheur à l'université Internationale de Libreville Berthe et Jean au Gabon : 

 

 

Plusieurs facteurs structurels expliquent cette situation. Le manque de garanties et d'historique financier est la première barrière. Les banques exigent des garanties solides (terres, équipements, cautions) que la plupart des jeunes agriculteurs ne possèdent pas encore. Sans antécédents de crédit ni bilan comptable, ils apparaissent comme des profils risqués aux yeux des institutions financières.

 

L'inadaptation des produits financiers classiques aggrave la situation. Les prêts bancaires traditionnels ne tiennent pas compte des cycles agricoles. Un agriculteur peut ne percevoir des revenus qu'une ou deux fois par an selon les cycles de récolte, alors que les remboursements sont mensuels. Ce décalage crée rapidement des situations d'étranglement financier.

 

 

Épisode 1: À Njombé-Penja, une passion économique pour le poivre blanc

 

 

La méconnaissance des dispositifs d'aide existants joue aussi un rôle majeur. Beaucoup de jeunes agriculteurs ignorent les subventions publiques, les fonds agricoles régionaux, ou les programmes d'appui des bailleurs de développement (FAO, FIDA, BAD). Faute d'accompagnement, de formalisation et de structuration exigée par ces organismes ces ressources restent inaccessibles.




Pour vous, avant de se lancer, les agriculteurs doivent dresser un plan de gestion. Est-ce vraiment indispensable ?

 

 

 

Edmond Ewane : Absolument, et je dirais même qu'il est le premier outil de survie d'un projet agricole. Sans plan, l'agriculteur avance à l'aveugle. Il ne sait pas à quel moment son activité devient rentable. Il ne peut pas anticiper les creux de trésorerie et il est incapable de convaincre un partenaire ou un investisseur.

 

 

Des producteurs de noix de palme à Mbanga au Cameroun. Photo: Josiane Kouagheu / Agripreneurs d'Afrique 

 

 


Un plan agribusiness, c'est avant tout un exercice de lucidité : il oblige à quantifier les coûts réels, à projeter les revenus de manière réaliste, et à identifier les facteurs de risque. C'est aussi un document à réviser régulièrement selon l'évolution de l'exploitation.



 

Diagne Daouda : Effectivement, de nombreux jeunes agriculteurs ne prennent pas le temps d’élaborer un plan d’agribusiness. Pourtant, ce document est essentiel. Il permet de structurer le projet agricole, d’évaluer les coûts de production, d’identifier les marchés potentiels et d’anticiper les risques.

 

 

Un plan d’affaires solide sert également d’outil de communication avec les partenaires financiers, les investisseurs et les institutions d’appui.

 

 

Dr Claude Gnacadja : Absolument, oui. Beaucoup de jeunes agriculteurs considèrent le plan agribusiness comme une formalité bureaucratique réservée aux grands projets. C'est une erreur fondamentale.

 

Un plan agribusiness, c'est avant tout un outil de pilotage personnel. Il oblige l'agriculteur à répondre à des questions essentielles : combien va me coûter cette campagne ? Quel est mon seuil de rentabilité ? Quelle quantité dois-je vendre pour couvrir mes charges ? À quel prix ?

 

 

Épisode 2. Des agriculteurs face aux changements climatiques

 

 

Sans ce plan, l'agriculteur avance à l'aveugle. Il ne sait pas s'il gagne ou perd de l'argent réellement, il ne peut pas anticiper les crises de trésorerie, et surtout il ne peut convaincre aucun bailleur. Aucune banque, aucun investisseur, aucun partenaire sérieux n'accordera un financement à quelqu'un qui ne peut pas démontrer chiffres à l'appui la viabilité de son projet.

 

 

 

Comment dresser ce genre de plan? 

 

 

Edmond Ewane : Je recommande une approche en cinq étapes :

 

1- Analyse du contexte : étude du marché local, identification des acheteurs potentiels, analyse de la concurrence.

 

2- Description technique du projet : superficies, variétés ou espèces, calendrier cultural, intrants nécessaires.

 

3- Plan financier : investissements, charges d'exploitation, prévisions de revenus sur 3 à 5 ans, seuil de rentabilité.

 

4- Stratégie commerciale : canaux de vente, politique de prix, fidélisation des clients.

 

 

 

Kennedy, un jeune agriculteur âgé de 22 ans, plante des boutures de patate douce dans son champ situé dans le Sud-ouest au Cameroun. Photo: Josiane Kouagheu/ Agripreneurs d'Afrique 

 



5- Gestion des risques : solutions alternatives en cas de mauvaise récolte, diversification des productions.

 

Des structures comme le Minader (Ministère de l’agriculture et du développement rural), certaines ONG spécialisées et des incubateurs agricoles proposent aujourd'hui un accompagnement gratuit ou à faible coût pour aider les jeunes à formaliser leurs projets.



 

Diagne Daouda : Pour résoudre ce problème, plusieurs actions sont nécessaires. Il faut d’abord renforcer la formation des jeunes agriculteurs en entrepreneuriat agricole et en gestion d’exploitation. Ensuite, les États et les partenaires techniques devraient faciliter l’accès à des mécanismes de financement adaptés à l’agriculture (fonds de garantie, crédits agricoles, subventions ciblées). 

 

Par ailleurs, l’accompagnement par des structures d’appui, des incubateurs agricoles ou des coopératives peut aider les jeunes à structurer leurs projets.

 

 

Épisode 3: Sauvé de l'exode rural par l'agriculture 

 

 

Pour dresser un bon plan d'agrobusiness, il est important de suivre quelques étapes clés. Définir clairement l’activité et les objectifs, analyser le marché et la concurrence, établir un plan de production réaliste, estimer les coûts et les revenus prévisionnels, puis élaborer une stratégie de commercialisation. Enfin, il est essentiel d’inclure une analyse des risques et des mesures pour y faire face.



 

Dr Claude Gnacadja : Un bon plan agribusiness n'a pas besoin d'être un document de 100 pages. Il doit être simple, réaliste et chiffré. Voici les éléments clés :

 

a) La présentation du projet: qui suis-je ? Quelle est ma formation ou mon expérience ? Quel produit je cultive ou j'élève ? Sur quelle superficie ? Dans quelle zone ?

 

 

b) L'étude de marché simplifiée: qui sont mes acheteurs potentiels ? Quel est le prix du marché local ? Y a-t-il une demande stable ou saisonnière ? Qui sont mes concurrents ?

 

c) Le plan de production: quelles sont les étapes de production ? Quel calendrier cultural ? Quels intrants sont nécessaires et pour quelles quantités ?

 

d) Le plan financier — c'est le cœur du document. Il doit contenir :

 

  • Les coûts de démarrage (investissements initiaux)
  • Les charges d'exploitation (coûts récurrents par cycle)
  • Les prévisions de revenus (quantité produite × prix de vente estimé)
  • Le seuil de rentabilité
  • Les besoins en financement et le plan de remboursement

 

e) La stratégie commerciale: comment je vais vendre ? Marchés locaux, coopératives, contrats d'achat préalables, transformation ?

 

Pour les jeunes agriculteurs qui ne savent pas par où commencer, il est conseillé de se faire accompagner par une structure d'encadrement agricole, une ONG spécialisée, ou un centre de formation agricole. 

 

 

 

Josiane Kouagheu

 

 

Cet article a été réalisé grâce au soutien d’Africa No Filter

 

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