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Au Cameroun, la longue marche vers le poivre blanc

Au Cameroun, la longue marche vers le poivre blanc
Josiane Kouagheu
Josiane Kouagheu
  • 15-Apr-2026 10:00:00

« Voix agricoles ». Épisode 11. Guy Merlin Tchamtchou a longtemps rêvé de se lancer dans l’agriculture. Il a commencé comme commerçant, puis cultivateur d’ananas. Il gagne plus de cinq millions de Francs Cfa par récolte de poivre aujourd’hui. 

 

 

Guy Merlin Tchamtchou est un homme occupé. Lorsqu’il donne rendez-vous, il tient à le faire savoir de sa voix de directeur d’école. « Je suis au champ dès 5h du matin. À partir de 10 h, je n’y suis plus, dit-il. Si vous venez après, vous ne trouverez que des employés. » L’homme âgé de 50 ans est « très pris ». 

 

Il a une double casquette : commerçant et agriculteur. Indissociable. Les deux métiers ont fait de lui ce qu’il est aujourd’hui, précise ce père de trois enfants en faisant la visite de sa plantation d’un hectare de poivre dans la commune de Njombé-Penja dans la région du Littoral au Cameroun.

 

 

 Introduction de notre série « Voix agricoles »

 

 

Guy Merlin s’est lancé dans la vie active à 18 ans. À l’époque, il est contraint d'arrêter ses études en classe de troisième car ses parents n’ont plus assez de moyens à y consacrer. Il entame alors le commerce, le bayam-sellam (acheteur et revendeur). Il achète des récoltes aux planteurs et les revend. Sa principale marchandise est l’ananas. 

 

 

Il commence modestement et grandit au fil des années. À ce moment-là, à chaque fois qu’il parcourt les champs, le commerçant rêve dans le secret de son cœur : « si un jour je pouvais aussi avoir un champ, je pourrais me lancer dans la culture des ananas, d’abord. »

 

 

L’ananas d’abord

 

 

Il observe avec envie les fermiers travailler. Il leur pose des questions. Puis, au bout d’une décennie, il se jette à l’eau. Il loue pour cinq ans un hectare de terre à raison de 80 000 Francs CFA l’année, soit 400 000 Francs CFA, grâce aux économies issues de son commerce.

 

 

 

Guy Merlin Tchamtchou cultive du poivre blanc sur un hectare dans la commune de Njombé-Penja au Cameroun. Photo: Josiane Kouagheu / Agripreneurs d’Afrique 

 




Il réalise enfin son rêve. Ce sera donc la culture d’ananas. Et sur 5000 pieds, d’abord. Il demande des conseils. Certains cultivateurs l’aident. D’autres non. 

 

 

« La première année, ça m’a un peu menacé. La deuxième année aussi, se souvient Guy Merlin, qui s’interrompt parfois pour présenter ses grappes de poivre blanc à maturité. La troisième année, moi-même j’étais apte. »

 

 

Épisode 1. À Njombé-Penja, une passion économique pour le poivre blanc

 

 

Son commerce finance engrais, pesticides, insecticides, salaire d’employés… Au fur et à mesure, il étend sa surface cultivable jusqu’à remplir tout son champ d’ananas, soit 50 000 pieds.

 

Bénéfices

 

 

Ses ventes s’envolent. Le prix du fruit oscille entre 150 et 250 francs CFA. Ses bénéfices sont conséquents. L’agriculteur a suffisamment d’argent et a alors deux objectifs: acheter une terre à lui et y cultiver du cacao.

 

Cinq ans ne sont pas encore achevés. Mais il demande à sa bailleresse si elle peut lui revendre le champ. Il l’achète le 6 novembre 2016 à 2,5 millions de francs CFA. 

 

 

Mais au lieu du cacao, ce sera le poivre blanc de Penja, cette célèbre épice consommée aux quatre coins du Cameroun et exportée à travers le monde. En 2013, ce poivre a même obtenu une Indication Géographique Protégée (IGP), une première en Afrique subsaharienne.

 

Une labellisation rendue possible grâce aux méthodes de production artisanale des agriculteurs travaillant sur ces terres fertiles et volcaniques du Moungo. 

 

Poivre blanc ensuite

 

 

En février 2017, Guy Merlin se lance donc dans la culture du poivre blanc sur les conseils d’un ami spécialisé dans cette culture qui lui explique la forte demande pour ce produit. « J’ai dit à mon ami “le poivre… je vais vendre ça à qui?”, se remémore encore l’agriculteur. Il m’a dit: “fais quand tu vas commencer à récolter, tu vas voir le client”. »

 

 

Près de neuf années après la mise en terre de sa pépinière, l’agriculteur n’a jamais manqué d’acheteurs. Au contraire. Il est même parfois obligé de faire des choix difficiles. 

 

 

« Il y a peu de cultivateurs de poivre. Et la consommation est très élevée », explique l’exploitant agricole. A l’en croire, dans sa zone, « il n' y a pas 50 cultivateurs de poivre » contre environ 2 000 cacaoculteurs. « On a besoin de poivre. Il n'y en a pas. On en a besoin en quantité. On n’en trouve pas. »

 

 

Épisode 3. Sauvé de l'exode rural par l'agriculture 

 

 

Lors de la première récolte (quatre ans après les semis), Guy Merlin a récolté 55 kg de poivre, 166 la seconde pour atteindre une production annuelle minimum de 500 kilogrammes de poivre blanc aujourd’hui. Il vend le kilo à 10 000 francs CFA en moyenne. 


 

 

Guy Merlin Tchamtchou et Evra, l’un de ses employés, transfèrent des grappes de poivre récoltées dans un sac. Photo: Josiane Kouagheu / Agripreneurs d’Afrique 

 



M. Tchamtchou n’a pas besoin de faire la quueue ou de se déplacer. Dès qu’il entame le processus de séchage de ses précieuses graines blanches, les clients se pointent. «
Le 22 décembre 2025, j’ai vendu [ le kilogramme] à 10 500 francs CFA. J’ai vendu 60 kg aux commerçants. »

 

 

Une partie de ses gains est aussitôt réinvestie dans sa plantation. L’exploitant agricole a deux employées permanentes qu’il paie 65 000 Francs CFA le mois, chacune. Elles entament le travail à l’arrivée des pluies en mars et achèvent en octobre.

 

 

Le paysan travaille régulièrement avec un technicien payé 6500 Francs CFA la journée, nutrition et transport inclus. Cet ingénieur agronome s’assure de la santé des plantes, taille celles penchées, donne des conseils...

 

 

L’agriculteur montre du doigt un poivrier courbé. « Ce n’est pas bien. Quand la pluie viendra, on doit le couper pour que ça aille droitement. » En période de récolte, deux jeunes cueilleurs sont recrutés. Ils reçoivent entre 3000 et 5000 Francs CFA par jour. 

 

 

« Le bon exemple »

 

 

Ce lundi, les deux saisonniers promènent leurs échelles d’un poivrier à l’autre, collectant avec dextérité les grappes mûres. À 24 ans, Atilio Nyorassem est un habitué des lieux. Il y travaille « constamment ».  Il a commencé « étant petit » et envisage désormais de créer sa propre poivrière.

 

 

À 24 ans, Atilio Nyorassem, l’un des deux cueilleurs, veut suivre l’exemple de son patron: mettre sur pied sa propre poivrière. Photo: Josiane Kouagheu / Agripreneurs d’Afrique 


 



« 
Je veux être comme lui », souffle le jeune homme au crâne recouvert de bonnet et aux deux oreilles percées où scintillent de faux diamants. Il veut surtout solliciter une aide en semences de poivre.  Il a besoin de 200 tiges environ. 

 

Épisode 5. Dans le Sud-ouest anglophone, rêve de grandeur agricole 

 

 

« Je ne suis pas encore allé vers lui mais j’envisage de faire cela », glisse l’ouvrier agricole. En attendant, Atilio réinvestit son salaire journalier dans le champ familial de 2,5 hectares. Il achète des rejetons de banane-plantains pour le planting prévu dès l’apparition des premières pluies.

 

À quelques pas de lui, son collègue Evra suit le même chemin et nourrit le même rêve. « Inspiré » par « le bon exemple » de son patron, il est cependant limité par le manque de moyens financiers. 


« Inspiré » par « le bon exemple » de son patron, Evra est cependant limité par le manque de moyens financiers. Photo: Josiane Kouagheu / Agripreneurs d’Afrique 

 

 




«
C’est une culture qui est très délicate, explique le tout-juste trentenaire au sac de récolte porté en bandoulière. Parce que vous pouvez facilement investir plus de deux millions et [si] vous n’avez pas le suivi, tout ça part. » Guy Merlin Tchamtchou le confirme.

 

Si l’argent du poivre lui a permis de construire une maison, prendre soin de ses enfants et d’augmenter son capital commercial, il doit sans cesse lutter, rester en alerte, faire attention. Le soleil est le premier ennemi de ses poivriers.

 

 

Sécheresse 

 

 

« Parfois tu plantes, le soleil vient. Ça grille tout, soupire l’agriculteur en montrant des plantes séchées. Tu ne fais que planter chaque année. Chaque année, tu fais la pépinière, tu plantes. Ça meurt. Tu plantes à nouveau. »

 

 

Cette année, Guy Merlin a décidé d’agir. Le 4 décembre 2025, il a pris la ferme décision d’arroser ses poivriers deux fois par jour, de lundi à dimanche, entre 6h et 9h et entre 17h et 19 h. « Je ne veux plus de morts dans ce champ (…) Par jour, j’arrose 450 litres d’eau. » 

 

 

Chaque matin, il remplit le tonneau de 250 litres posé à un bout de sa parcelle. À l’aide de 10 bidons (20 litres, chacun) il fait le plein. Il se ravitaille à la rivière située à quelques mètres.

 

 

 

 

Malgré sa réussite, Guy Merlin Tchamtchou doit faire face au soleil, premier ennemi de ses poivriers. Le 4 décembre 2025, il a pris la ferme décision d’arroser ses poivriers deux fois par jour. Photo: Josiane Kouagheu / Agripreneurs d’Afrique. 

 

 



Le cultivateur se sert de sa vieille moto pour transporter les récipients. Près de deux mois après ses débuts, Guy Merlin admire les résultats: «
je ne vois plus de morts. Cela veut dire que dans trois ans, tout mon champ serait fermé. »

 

Épisode 2. Dans le Moungo, des agriculteurs face aux changements climatiques 

 

 

À la question de savoir s’il pourra tenir physiquement à long terme, le quinquagénaire balaie. « Je suis encore jeune. 50 ans ! Je ne fais pas de travaux difficiles. Mon champ à 9h. Je rentre. Je m’en vais faire mon bayam sellam. » Agriculture et commerce. Indissociable. 

 

 

Josiane Kouagheu

 

 

Cet article a été réalisé grâce au soutien d’Africa No Filter 

 

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