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Marchandages au « premier marché de fruits et légumes du Cameroun »

Marchandages au « premier marché de fruits et légumes du Cameroun »
Josiane Kouagheu
Josiane Kouagheu
  • 17-Apr-2026 16:27:00

« Voix agricoles ». Épisode 13. Chaque lundi et jeudi, des acheteurs et grossistes venus de Douala, capitale économique, prennent d'assaut le marché B de Njombé, petite ville rurale de la région du Littoral. 

 

 

Pas la peine de la chercher. Béatrice est partout. Ce lundi, le marché est bondé mais tous les agriculteurs ou presque la hèlent. On a l’impression que « Ma Béa », pour les intimes, se démultiplie. La voilà qui discute avec une productrice d’ignames. 

 

 

Puis, on la retrouve souriante aux côtés d’une maraîchère qui porte ses légumes en équilibre sur la tête. Une minute plus tard, Béatrice, foulard noire nouée sur la tête et lunettes d'institutrice posées sur le nez, court après une moto transportant des sacs de tubercules de manioc. 

 

 

 

Introduction de notre série « Voix agricoles »

 

 

 

« Je viens ici depuis plus de 25 ans », s’époumone l’acheteuse avant d’être happée par des fermiers. Chacun décharge sa récolte, exhibe les meilleures parties, guette son regard, avance un montant. Puis, c’est l’attente. Béatrice se courbe, jauge, touche, retourne les produits entre ses mains et donne son prix, tel un arbitre sifflant une fin de rencontre. Neuf fois sur dix, la vente est conclue.

 

 

 

Bayam-sellam

 

 

 

« On travaille beaucoup. Grâce à elle, nous vendons facilement », apprécie Béatrice Kana, coquette agricultrice venue vendre deux sacs de manioc à 10 000 francs Cfa. « C’est la plus grande acheteuse de légumes de ce marché », renchérit Joëlle Yossa, 32 ans. 

 

 

Au marché B de fruits et légumes de Njombé, ville rurale située dans la région du Littoral au Cameroun, le lundi est l’un des deux grands jours (et jeudi) de marché. Des centaines de petits producteurs viennent y écouler leurs produits. 

 

Des dizaines de bayam-sellam, commerçantes camerounaises qui achètent des produits dans les zones rurales pour les revendre dans les villes, comme Béatrice viennent de Douala, la capitale économique du pays, pour se ravitailler.

 

 

 

Une vue du marché B de fruits et légumes de Njombé. Photo: Josiane Kouagheu / Agripreneurs d’Afrique

 

 

Des marchandises en vente au marché B de Njombé. Photo: Josiane Kouagheu / Agripreneurs d’Afrique 

 



« C’est le marché le plus connu, explique Jean Mbangué, président de l’espace marchand. C’était le plus grand marché. Tout le monde sortait de partout pour venir acheter des fruits uniquement dans ce marché. » 

 

 

Les années 1980

 

 

D’après ce marchand et pépiniériste, le lieu a été créé dans les années 1980. Les dates divergent sur l’année exacte. Mais le but était alors de réunir tous les détaillants et commerçants qui vendaient le long de cette route nationale numéro cinq à Njombé et dans certaines localités voisines. Car à l’époque, des brigands attaquaient ces vendeurs solitaires. 



Jean Mbangué (au milieu), président du marche B de fruits et légumes de Njombé. Photo: Josiane Kouagheu / Agripreneurs d’Afrique 

 

 


Ce rassemblement gagne en renommée et devient très rapidement le lieu de rendez-vous privilégié des agriculteurs et des acheteurs. Des vendeurs quittent des grandes villes comme Douala et Buea, dans la région voisine du Sud-Ouest, pour venir s’y ravitailler.

 

 

 

Épisode 1. Une passion économique pour le poivre blanc.

 

 

 

« À l'époque, on livrait même aux commerçants de Yaoundé », la capitale du pays, se souvient Gilbert Njantou, grossiste de bananes, qui a commencé à y vendre en 1985. L’homme âgé de 60 ans à la barbe blanche fournie, n’est pas le premier car il y trouve des collègues. Ils vendent en détail et en gros, des fruits, légumes, tubercules, plantains et autres produits cultivés dans la localité. 

 



Les terres volcaniques des lieux sont fertiles et les productions abondantes. Le lieu devient incontournable.  

 

 

Entre quatre et 13 millions 

 

 

 

« C’était presque le seul marché de fruits dans le Moungo. Dans le Cameroun même si on peut le dire parce que tout le monde, c’était ici [qu’ils venaient acheter leurs fruits], assure André Ngomo, agriculteur et commerçant depuis 25 ans, dont une partie du visage est mangée par des lunettes de soleil. En 1987, il n y avait rien d’autre. C’était le seul marché. Tout le monde se ravitaillait ici. » 

 

 

 

André Ngomo, agriculteur et commerçant depuis 25 ans. Photo: Josiane Kouagheu / Agripreneurs d’Afrique 

 

 


 



Aujourd’hui, de nombreux espaces marchands ont été créés à Njombé et ailleurs. L’affluence des premières années a tari.  Mais chaque lundi et jeudi, la foule ne faiblit pas. «
Ce qui tient ce marché, ce sont les bayam-sellam, les mamans qui sortent de Douala pour venir acheter les légumes, les patates… »,  souligne Jean Mbangué, président du marché B.

 



D'après ses statistiques, chaque lundi, les transactions journalières oscillent entre quatre et sept millions de francs Cfa et atteignent 13 millions voire plus chaque jeudi. « Le lundi et le jeudi, il y a toute une affluence. On peut même trouver 700 personnes et des voitures ! Il n’ y a même pas de passage », n’en revient toujours pas M. Mbangué, malgré l’habitude. 

 

 

Les petits producteurs sont les plus grands bénéficiaires. D’après la Banque mondiale, l’agriculture occupe 60 % de la population active dans le pays. L’écrasante majorité pratique une agriculture de subsistance, et ne vend le plus souvent que le surplus. 

 

 

Trois types de transactions

 

 

 

Au marché B, trois types de transactions existent. Il y a des paysans qui n’attendent que le lundi et jeudi  pour vendre leurs récoltes directement aux bayam-sellam, sans intermédiaire. 

 

« Ma Béa », commerçante au marché Madagascar de Douala et ses congénères sont alors leur cible. Il y a ensuite les commerçants du marché B qui achètent aux cultivateurs et revendent aux bayam-sellam et autres clients de passage, les jours de marché et ordinaires.  


 

De la marchandise exposée au marché B de Njombé. Photo: Josiane Kouagheu / Agripreneurs d’Afrique 

 



« Si elles [bayam sellam] ne viennent pas, nous ne pouvons pas être à l’aise, avoue Henriette Mafoka, vendeuse de tubercules depuis plus de 10 ans dans l’espace marchand. Même les planteurs ne peuvent être à l’aise. Ma Bea achète Beaucoup. C’est une grossiste. » D’après cette femme âgée de 48 ans et deux fois grand-mère, sans la présence de ces acheteuses, leurs marchandises pourriraient surplace. 

 

 

Épisode 3. Sauvé de l’exode rural par l’agriculture 

 

 

 

Il y a enfin les commerçants qui se déplacent dans les champs, achètent de grandes quantités directement auprès des producteurs. Ils achètent parfois des plantations entières. Jean Mbangué vient tout juste de conclure une affaire. Le président du marché B de Njombé qu’il présente comme le « premier marché de fruits et légumes du Cameroun » vient d’acheter 4200 têtes d’ananas à 830 000 francs Cfa. Une parcelle qu’il ne rendra à l’agriculteur qu’à la fin de la récolte. 

 

 

Manque de véhicules

 

 

«  J’ai compté 4200 bon fruits que j’ai pris à 210 francs Cfa le fruit, précise-t-il. Avec la main-d'œuvre, ça peut revenir à 250 francs Cfa. Je peux vendre ça à 350, 400 si le marché est bon. » Le commerçant est convaincu d’avoir fait une « très » bonne affaire car « beaucoup » de bayam-sellam seront intéressés, croit-il. 



Et il n’a pas tort. À l’angle du marché, Gladys Tchapda, 38 ans et l’une des plus jeunes acheteuses venues de la capitale économique, piaffe d’impatience. La marchandise est rare ce lundi. Il est 16h et cette mère de deux enfants qui fréquente ce lieu depuis 14 ans n’en est « qu’à » 60 sacs de vivres achetés. Elle va le plus souvent au-delà de la centaine. 


 

Des sacs de tubercules de manioc achetés par Gladys Tchapda, 38 ans et l’une des plus jeunes bayam-sellam venues de la capitale économique. Photo: Josiane Kouagheu / Agripreneurs d’Afrique

 




Mais Gladys garde espoir car grâce à cette activité, cette jeune divorcée assure avoir pris soin de sa famille et construit sa maison. «
J’ai des locataires. J’ai commencé avec 100 000 francs Cfa », sourit-elle. 

 

Malgré ces réussites, les difficultés sont nombreuses. Hormis la rareté des produits, la commerçante manque parfois de véhicules et doit patienter ce qui affecte la marchandise qui pourrit. Des pertes qu'elle est obligée de supporter, même quand une partie est une commande de ses collègues passée depuis la capitale économique. 

 

 

Réduction des clients 

 

 

 

Chez la vingtaine de grossistes du marché B, le principal problème reste la diminution de la clientèle. « Aujourd’hui, il y a beaucoup de bayam-sellam qui ne viennent plus parce que d’autres achètent à Edéa, Yabassi. On vient leur livrer sur place. », déplore François Njoumé, 66 ans, grossiste de banane plantain, installé dans les lieux depuis trois décennies. 

 

Une réduction qui n’inquiète pas le président. Selon Jean Mbangué, l’affluence des années de gloire est révolue. Pour lui, « la seule chose » à faire pour revigorer le marché est de le rendre « toujours » propre et de vendre des bons produits. 

 

« Le problème, c’est nous-mêmes, regrette M. Mbangué. Les mauvais produits. Quelqu’un va par exemple vendre un tas d’oranges qui a 17 fruits. Si le gars [client] arrive à la maison il trouve quatre fruits pourris, il ne pourra plus revenir. Donc le problème d’abord, c’est nous-mêmes. » 

 

 

 

Gilbert Njantou et François Njoumé, installés dans les lieux depuis trois décennies, déplorent la diminution de la clientèle. Photo: Josiane Kouagheu / Agripreneurs d’Afrique 

 

 


Une fois tous les deux mois, le président le martèle lors de la réunion du marché: «
un commerçant doit être agréable, accueillant », et respecter les agriculteurs. « Changeons notre mentalité », répète-t-il inlassablement. 

 

À quelques mètres de lui, Virginie Feudjo change, elle, de direction en poussant son porte-tout chargé d'ignames. « Ma Béa » qui n’a pas trouvé une minute à nous consacrer, n’est pas intéressée. « On va chercher une autre personne », glisse Virginie, pas du tout inquiète car au marché B de Njombé, les acheteuses se bousculent ce lundi. 

 

 

Josiane Kouagheu

 

Cet article a été réalisé grâce au soutien d’Africa No Filter

 

 

 

 

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