Cameroun : dans les zones rurales, les marchés et écoles manquent de toilettes fonctionnelles
Selon une nouvelle étude, plus de 63 % des crèches et 67 % des marchés sont dépourvus d'installations sanitaires et d'hygiène, obligeant les usagers à recourir à la défécation en plein air.
« Il n'y a pas de toilettes ici. Nous devons aller dans la brousse ou marcher très loin pour en trouver. C'est très difficile, surtout pour les femmes. » Dans la commune de Mandjou, située dans le département de Lom et Djerem, dans la région de l'Est du Cameroun, de nombreux marchés et écoles sont dépourvus d'infrastructures sanitaires adéquates.
Selon une nouvelle étude qui a interrogé 152 personnes (dont le répondant cité plus haut) dans les 25 villages de Mandjou, dont deux responsables de la commune, 50 représentants d'établissements scolaires et de soins de santé, et 100 usagers, plus de 63 % des écoles maternelles, 50 % des lycées et 67 % des marchés sont dépourvus d'installations sanitaires et d'hygiène, obligeant les usagers à recourir à la défécation à l'air libre.
Publié en avril 2026 dans Sustainable Futures, l'article se focalise sur 48 établissements publics représentant « l'ensemble des infrastructures publiques » sous la juridiction de Mandjou : 11 écoles maternelles, 26 écoles primaires, quatre lycées, quatre centres de santé et trois marchés.
« Disparités importantes »
L’enquête met en exergue d’importantes disparités dans la prestation des services d’assainissement, selon le type d’établissement.
L'étude considère les « installations sanitaires améliorées » comme celles conçues pour séparer hygiéniquement les excréments du contact humain, notamment les toilettes à chasse d'eau/à chasse d'eau manuelle reliées à des systèmes d'égouts, les fosses septiques ou les latrines à fosse; les latrines à fosse ventilées améliorées ; les latrines à fosse avec dalles ; et les toilettes à compost.
Les services d’assainissement performants, définis par exemple comme des toilettes améliorées non partagées avec d’autres ménages et où les excréments sont éliminés ou traités en toute sécurité, n’ont été observés que dans les établissements de santé et les écoles primaires, par exemple.
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« Plus précisément, 50 % des établissements de santé et 8 % des écoles primaires répondaient aux critères de services gérés en toute sécurité », soulignent les scientifiques. « En revanche, les crèches, les lycées et les marchés ne disposaient d'aucun service d'assainissement géré en toute sécurité au moment de l'enquête. »
L’étude met surtout en avant les inquiétudes des parents. « Nos enfants n'ont nulle part où aller lorsqu'ils ont besoin d'aller aux toilettes, confient-ils aux chercheurs. Ils doivent faire leurs besoins derrière le bâtiment ou dans les buissons. Nous sommes inquiets pour leur sécurité et leur santé ».
Couverture minimale
Pour les chercheurs, la couverture sanitaire minimale dans les écoles primaires et l’absence totale dans les autres établissements d’enseignement et de commerce indiquent « des lacunes systémiques dans la planification et la mise en œuvre d’infrastructures d’assainissement gérées en toute sécurité, en particulier dans les installations publiques non cliniques ».
Ils ont découvert que 62 % des écoles primaires, 50 % des établissements de soins de santé, 33 % des marchés, 27 % des écoles maternelles et 25 % des lycées ont accès à des services d’assainissement de base (installations améliorées non partagées avec d’autres institutions, mais sans gestion sûre des excréments).
D’après eux, cette situation met en avant le fait que « même si la couverture de l’assainissement de base est relativement plus répandue que celle des services gérés en toute sécurité, la couverture reste inégale et insuffisante dans la plupart des institutions publiques ».
Ils expliquent ce manque par l'absence de stratégie claire pour mobiliser les fonds destinés aux activités liées à l'eau, à l'assainissement et à l'hygiène. Leur analyse des documents budgétaires municipaux a révélé que moins de 2 % du budget annuel du conseil ont été alloués à ces services entre 2020 et 2023.
« L’eau, l’assainissement et l’hygiène ne sont pas une priorité dans notre budget. Nous avons de nombreux besoins concurrents, et l’assainissement passe généralement en dernier dans nos discussions de planification », a d'ailleurs admis le responsable des services techniques de la commune de Mandjou, aux chercheurs.
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Bien plus, 68 % des gestionnaires de ces installations considèrent le manque de ressources financières comme le principal obstacle au maintien de leurs infrastructures sanitaires.
« Personne ne veut payer »
« Nous savons que nous avons besoin de toilettes sur le marché, mais personne ne veut payer pour leur construction ou leur entretien. Tout le monde dit que c'est le travail du conseil municipal, mais le conseil municipal n'a pas d'argent », se désespère un usager du marché.
« Même si nos installations sont fonctionnelles, nous avons du mal à les entretenir car le conseil municipal ne prévoit aucun budget pour les produits de nettoyage ou les services de vidange », explique le directeur d'un centre de santé, cité dans l’étude.
Pour les chercheurs, l’absence de mécanismes de financement durables, tels que des systèmes de redevances pour les utilisateurs ou des partenariats public-privé, perpétue le cycle d’une offre de services d’assainissement inadéquate, ont reconnu les scientifiques.
Face à cette situation, des ONG ont construit des toilettes dans plusieurs écoles. Cependant, leur entretien reste problématique. « Il y a deux ans, nous avons reçu l'aide d'une ONG pour construire de nouvelles latrines, mais nous n'avons pas les moyens d'assurer un service de vidange régulier », se plaint le directeur d'une école primaire.
Une situation exacerbée par les pressions démographiques résultant de l’afflux de réfugiés en provenance de la République centrafricaine et de la croissance démographique rapide (les projections démographiques pour la région indiquent une croissance démographique minimale de 25 % d’ici 2030) qui augmentent « la demande de services sans augmentation correspondante de la capacité des infrastructures ou des ressources financières », déplore l’article.
Réfugiés
L’arrivée des réfugiés accroît non seulement la demande en services d’assainissement de base, mais engendre également des dynamiques sociales et logistiques complexes car, certains lieux oú de réfugiés se développent souvent rapidement et de manière anarchique, créant des quartiers informels difficiles à desservir par les infrastructures conventionnelles.
Ce qui « complique » la planification, la maintenance et « l’accès équitable » aux installations sanitaires, notent les scientifiques. Sur le terrain, des écoles se retrouvent par exemple débordées par ce flux.
« Nos effectifs scolaires ont augmenté de 40 % en deux ans grâce aux enfants réfugiés, précise un directeur d’école primaire d’un village accueillant des réfugiés. Pourtant, nous avons toujours les mêmes quatre toilettes construites il y a dix ans. Elles sont constamment surchargées et tombent fréquemment en panne. »
Outre ces problèmes, l'étude a également révélé que l'hygiène des mains reste un défi majeur dans les établissements publics de la commune de Mandjou : seulement 50 % des établissements de soins de santé et 8 % des écoles primaires étaient équipés d'au moins un point de lavage des mains fonctionnelle fournissant à la fois de l'eau et du savon.
Et là encore, 72 % des gestionnaires d'établissements ont cité l'insuffisance de budget comme principale raison de ce manque.
De plus, l’enquête indique que même lorsque des installations de lavage des mains existaient, elles étaient souvent hors service en raison d'un manque d'eau (45 % des cas), d'une absence de savon (38 %) ou d'infrastructures endommagées (17 %).
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« Ce taux alarmant de couverture en installations fonctionnelles de lavage des mains représente une lacune importante en matière de prévention et de contrôle des infections, en particulier aux points clés des soins où les pratiques d'hygiène sont essentielles pour réduire la transmission des maladies », indique l'article.
Élaborer des stratégies claires
Pour l'équipe de scientifiques, l'effet combiné de ces facteurs institutionnels, économiques, sociaux et démographiques crée un environnement difficile pour l'amélioration des services d'assainissement à Mandjou.
Pour eux, la résolution de ce problème nécessite des interventions multisectorielles et intégrées s'attaquant aux « causes profondes plutôt qu'aux seuls symptômes ».
« Les autorités municipales doivent accorder la priorité aux services EAH [Eau hygiène et assainissement ] dans leurs allocations budgétaires, élaborer des stratégies claires assorties d'objectifs mesurables et mettre en place des mécanismes de coordination entre les parties prenantes », conseillent les chercheurs.
Ils ajoutent que des campagnes complètes de promotion de l'hygiène, des programmes d'éducation en milieu scolaire et des initiatives d'engagement communautaire sont essentielles pour sensibiliser, changer les mentalités et promouvoir l'adoption durable de pratiques d'hygiène.
Josiane Kouagheu
Image de bannière : École primaire à Ngoulmakong, région de l’Est, Cameroun. Photo de Gustave Biwole via Wikimedia Commons.