La culture du cacao peut-elle réduire la pauvreté au Cameroun ?
D'après une étude, des revenus plus élevés tirés du cacao réduisent considérablement la pauvreté et augmentent les chances de sécurité alimentaire.
Le Cameroun est le cinquième producteur mondial de cacao. Lors de la campagne 2024-2025, par exemple, le pays a même enregistré une production record, atteignant 309 518 tonnes à l'échelle nationale— lors de la saison 2025-2026, la production a chuté, passant à 247 914 tonnes.
Malgré cette croissance exceptionnelle, de nombreux cacaoculteurs restent confrontés à de nombreuses difficultés, en raison des fluctuations des prix, l’impact climatique et parfois d'une mauvaise gestion de leurs gains.
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Mais selon une nouvelle étude publiée dans Strategic Business Research, la culture du cacao peut contribuer à réduire la pauvreté au Cameroun. D’après l’équipe de chercheurs camerounais, cette culture « représente une voie stratégique pour sortir de la pauvreté » et améliore « à la fois le bien-être des ménages et la sécurité alimentaire ».
Dans leur article, ils notent même que « des revenus plus élevés tirés du cacao réduisent considérablement la pauvreté et augmentent les chances de sécurité alimentaire ».
Ces scientifiques ont utilisé les données de la quatrième enquête auprès des ménages du Cameroun, une enquête nationale menée par l'Institut national de la statistique (INS) en 2014.
Ils ont sélectionné les éléments en raison de leur représentativité nationale, de la taille de l'échantillon (183 758 ménages), qui fournit des informations détaillées sur les caractéristiques socio-économiques des ménages, les pratiques agricoles, les sources de revenus et les modes de consommation, variables essentielles pour analyser l'impact de la culture du cacao sur les moyens de subsistance des ménages au Cameroun.
À partir de ces données, les chercheurs ont construit l'indice de sécurité alimentaire en adoptant la méthodologie d'approche consolidée pour la communication des indicateurs de sécurité alimentaire développée par le Programme alimentaire mondial (PAM) pour évaluer l'insécurité alimentaire.
Augmentation de 64%
Cette approche permet de déterminer la proportion de personnes en situation d'insécurité alimentaire au sein d'une population donnée et fournit un cadre standardisé pour comparer les niveaux de sécurité alimentaire entre les ménages.
L’équipe a utilisé l'indice de pauvreté multidimensionnelle qui prend en compte les privations en matière de santé, d'éducation et de niveau de vie, offrant une compréhension plus complète de la pauvreté des ménages, afin d'évaluer directement si les besoins essentiels dans de multiples domaines sont satisfaits.
Leurs conclusions sont diverses et dépendent de nombreux facteurs. Un chef de famille plus âgé augmente par exemple de 64 % la probabilité de sécurité alimentaire du ménage.
Les scientifiques expliquent cette situation par le fait que la culture du cacao est une activité qui requiert une grande expérience. Pour eux, les ménages dirigés par des personnes âgées bénéficient de connaissances accumulées et de compétences pratiques, ce qui conduit à une productivité plus élevée.
L’étude souligne que l’augmentation de la productivité accroît à son tour le revenu des ménages, améliorant ainsi leur pouvoir d’achat et leur sécurité alimentaire.
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Le niveau d'instruction du chef de famille est un autre facteur déterminant. Les chercheurs ont constaté que les ménages dont le chef a terminé ses études secondaires ont 40 % plus de chances d'être en sécurité alimentaire.
« L’éducation améliore les compétences, les connaissances et la capacité de production, augmentant ainsi les revenus tirés de la culture du cacao et le pouvoir d’achat des ménages », note l’article.
95 % sont en sécurité alimentaire
De manière globale, l’enquête révèle que « 95 % des ménages producteurs de cacao bénéficient de la sécurité alimentaire, tandis que seulement 5 % sont classés comme étant en situation d'insécurité alimentaire ».
Les scientifiques notent que cela indique que la participation à la culture du cacao contribue de « manière significative » au bien-être financier et à l’accès à l’alimentation.
« Cependant, cela souligne également que le revenu à lui seul ne permet pas de remédier pleinement à d’autres dimensions de la précarité, telles que l’éducation, la santé et le niveau de vie », poursuit le document.
En conclusion, l'équipe précise qu'en mettant l’accent sur des interventions ciblées qui améliorent la productivité, le capital humain, l'intégration au marché et la durabilité environnementale, les décideurs peuvent amplifier ces avantages et soutenir un développement rural plus résilient et durable.
Josiane Kouagheu