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Lutte contre la jacinthe d’eau au Cameroun : « on n’a pas encore réellement trouvé la bonne méthode pour que ça ne revienne plus du tout »

Lutte contre la jacinthe d’eau au Cameroun : « on n’a pas encore réellement trouvé la bonne méthode pour que ça ne revienne plus du tout »
Josiane Kouagheu
Josiane Kouagheu
  • 10-Dec-2025 10:03:00

Depuis plusieurs décennies, le Cameroun lutte en vain contre l’invasion de la jacinthe d’eau, une plante envahissante venue d’Amérique latine. De nombreux fleuves et lacs ont été colonisés à travers le pays. À Douala, capitale économique, le fleuve Wouri long de 169 kilomètres, subit l’invasion de l’Eichhornia crassipes sur tout son estuaire. 

 

 

 

Dans les communes de Douala 2ème à Douala 6ème, des dizaines d’hectares de surfaces sont rongées par la jacinthe. Pendant quelques années, les financements ont permis une récolte momentanée par endroits. Puis les fonds ont tari. Et la plante continue sa rapide multiplication. 

 

 

William Lemnyuy, délégué départemental de l’environnement, de la protection de la nature et du développement durable pour le Wouri, dresse l’état de la lutte dans son département et donne quelques pistes de solutions. 


Au bois des singes, un tapis vert de jacinthe d'eau au milieu des pirogues. Photo: Josiane Kouagheu/ Agripreneurs d'Afrique

 

 

 

 

 

Quel est l’état de l’invasion de la jacinthe d’eau dans le Wouri? 

 

 

La situation est comme d’habitude. Ça n’a pas changé. La jacinthe d’eau est saisonnière. Il y a des périodes où l’accumulation est très forte. Souvent le deuxième semestre de l’année. Quand il commence à pleuvoir. 

 

 

Qu’est ce qui cause cette invasion ?

 

 

C’est une plante qui pousse sous l’eau. Les conditions météorologiques favorisent sa dispersion, sa prolifération. Maintenant il faut clairement dire que c’est très souvent lors des grandes pluies, plus qu'elles produisent des semences qui sont très facilement répandues par la vague due à la montée des eaux, ça se prolifère le plus. Ça se multiplie et c’est donc ça qui crée ce problème. 

 

 

Conséquences… 

 

 

 

La présence de la jacinthe nuit gravement à l’environnement. C’est une plante non désirable et puis elle produit des feuilles qui poussent carrément sous l’eau avec des larges feuilles. Ça empêche la luminosité d’entrer dans l’eau, en plus du fait que ça réduit déjà l’oxygène parce que pour croître, il faut de l’oxygène. Ça appauvrit l’eau de son oxygène. Tout ça altère la qualité physico-chimique de l’eau. 

 

 

Lire aussi: à Douala, la lutte « perdue » contre la jacinthe d’eau

 

 


Cet envahissement sous forme de tapis végétal dense bloque la diffusion de l’oxygène, de l’air, causant des conditions anaérobiques directement préjudiciables pour les macro-faunes et les micro-faunes aquatiques. Ses impacts ne se font pas souvent attendre parce que lorsqu’elles commencent à proliférer, ça compétit avec d’autres espèces aquatiques en matière d’oxygène. Ça va affecter la faune, surtout la microfaune et macrofaune. C'est-à-dire le poisson, les plantons. La vie aquatique est sérieusement affectée parce que pas d’oxygène. 

 

 

Dans le département du Wouri, le port autonome de Douala est l’un des plus touchés par l’invasion de la jacinthe. Comment cela se manifeste-t-il?

 

 

Il y a une réduction du transport maritime. Les passages des pirogues sont obstrués. Vous allez penser que ce n’est que de l’herbe mais ça affecte sérieusement les moteurs des pirogues et aussi des grands bateaux. Quand ça s'enchevêtre sur les grands bateaux, ça peut causer des dégâts importants, ce qui fait que très souvent on a un envahissement de cette jacinthe au niveau du port (Port autonome de Douala). 

 

 

Un envahissement important, aussi important que ça bloque toute navigation entraînant des pertes en centaines de millions parce que pour tout retard dans la livraison des produits, ce sont de gros sous et c’est ce qui a amené le port à prendre le taureau par les cornes. 

 

 

Écouter notre reportage sur la jacinthe d’eau 

 

 

 

Ils ont d’abord acheté un faucardeur, une sorte de machine muni d’un petit bateau qui a un gros bras qui récolte ça de manière mécanique pour essayer de libérer les voies pour les navires. Le port investit énormément sur cela [lutte contre la jacinthe], dépense beaucoup pour sa récolte et son évacuation. 

 

 

Le fait que cette jacinthe se déplace avec le courant d’eau fait en sorte que rapidement, le port est souvent envahi avec la jacinthe qui vient du côté du Nkam en descendant vers l’estuaire du Wouri. Le port reçoit cette jacinthe surtout dans ses angles morts. Ça paralyse très souvent le trafic. Il faut parfois arrêter certaines navigations. 

 

 

Les pêcheurs sont également touchés…

 

 

L’impact économique n’a pas forcément été évalué mais lorsqu’on imagine tout simplement que pour le quart de temps dans l’année, la jacinthe envahit les eaux de telle sorte que les pêcheurs ne peuvent pas se déplacer, on peut aisément imaginer les manques à gagner qui sont importants. 

 

 

Qu’est ce qui est fait à votre niveau ?

 

 

On n’arrive pas à éliminer ce phénomène puisque c’est une plante qui se déplace sous l’eau avec le courant de l’eau et ça se multiplie très rapidement. À travers le ministère de l’environnement, nous menons des activités de récolte de cette jacinthe en appuyant premièrement les mairies par des financements sur le transfert des compétences. On leur donne de l’argent et ces mairies travaillent avec la délégation départementale pour récolter cette jacinthe. 

 

 

Une fois récoltée, que devient cette jacinthe? 

 

 

Certaines (mairies) produisent du compost. D’autres ont fait des expériences pour produire du biogaz, des œuvres d’art…

 

 

Selon les estimations, 10 plants de jacinthe produisent 655 000 autres en huit mois. Ces actions sont-elles suffisantes? 

 

 

Justement ce n’est pas grand chose. Elles ont fait des expériences pour produire du papier même à travers la jacinthe. Du compost. Il faut beaucoup de jacinthe. 

 

 

Malgré ces actions, l’invasion ne faiblit pas. Qu’est-ce qui fait problème ? 

 

 

Pendant les années où les fonds étaient donnés presque chaque année, on avait remarqué que la jacinthe disparaissait déjà de certains endroits. Parce que la jacinthe est sur tout l’estuaire du Wouri. 

 

On avait remarqué que plus on récoltait, plus ça disparaissait. Les populations ne voyaient plus ça revenir plus vite que d’habitude. Donc elles ont beaucoup apprecié. Mais les financements ne suivant pas toujours chaque année, on peut dire que les choses reviennent carrément presque comme avant parce qu’il faut récolter chaque année. 

 

Dans le quatrième arrondissement de Douala, des touffes de jacinthe d'eau. Photo: Josiane Kouagheu/ Agripreneurs d'Afrique

 

 

 

 

Ces difficultés sont principalement dues au fait qu’on n’a pas encore réellement trouvé la bonne méthode pour que ça ne revienne plus du tout. Nous sommes encore en train de travailler sur les meilleures méthodes parce que la récolte de cette jacinthe est encore manuelle. La seule entité qui utilise une technique c’est le port qui a un faucardeur. 

 

 

 

Une dizaine d’années de financement et puis tout a tari…

 

 

Quand on dit financement, ça ne veut pas dire que c’est le seul moment où la jacinthe a été récoltée. La jacinthe se récolte toujours mais ça n’a pas toujours été avec les fonds de l’État. 

 

 

Donc si vous retrouvez la jacinthe dehors c’est parce qu’on ne l’a pas récoltée. On n’a pas récolté parce que ces mairies n’ont pas été identifiées comme celles qui devaient bénéficier des fonds de l’Etat cette année. Il n'y a que la mairie de Manoka qui a reçu ce financement. Mais en réalité ce montant est insignifiant par rapport à l’ampleur de la jacinthe et par rapport aux actions de sensibilisation et d’adhésion qu’il faut mettre en place. 

 

 

En 2023, vous avez proposé le projet de gestion intégrée de la jacinthe d’eau…

 

 

 

Depuis sept ans que je suis à Douala, j’ai passé le temps à réfléchir sur ce qu’il fallait mettre en place pour assurer une pérennité de cette action. C’est pour ça que j’ai proposé un projet intitulé projet de gestion intégrée de la jacinthe d’eau. Un projet qui visait à assurer un suivi à long terme de cette jacinthe. 

 

 

Dans ce projet si on a des fonds on pourrait acheter un appareil qui est plus efficace pour la lutte mécanique y compris ces canaux qui permettent de les circonscrire pour  mieux les récolter. La logique derrière est d’améliorer la collecte parce qu’on a remarqué que la récolte qui se faisait manuellement prenait du temps et parfois on ne récolte même pas tout. On n’a jamais tout récolté. On récolte juste une partie parce qu’on veut juste récolter avec l’argent qu’on a donné. La jacinthe se multiplie. C’est comme un cancer. Cette façon de récolter était juste pour soulager. 


De la jacinthe d'eau dans un cours d'eau à Sodiko, dans le quatrième arrondissement de Douala. Photo: Josiane Kouagheu/ Agripreneurs d'Afrique

 

 

 

Il faut aller plus loin pour une récolte massive avec la récolteuse. Il est possible que si c’est récolté massivement, à un moment donné, ça va d’abord prendre du temps pour revenir et après un certain temps on pourra avoir moins. Et moins de dépenses. C’est d’abord la première logique derrière. 

 

 

Il faut aussi revoir la manière dont cette jacinthe est récoltée parce qu’actuellement qu’est ce qui se passe? L’État donne de l’argent et puis elle (mairie) se bat seule pour récolter ce qu’elle peut récolter en son temps. Et quand on donne à une autre, elle récolte en son temps. Or elles ont le même fleuve Wouri. Et parfois quand la récolte de l’autre côté finit, la jacinthe qui a été récoltée descend retrouver l’autre. 

 

 

Lire aussi: au Cameroun, la difficile vie des entrepreneurs agricoles

 

 

Et puis c’est quand le Port se retrouve submergé qu’il commence aussi sa récolte. L’idée c’est de revoir la manière dont les acteurs sont impliqués pour qu’il y ait non seulement une synergie mais une coordination d’actions parce que lorsqu’il faut traiter une maladie il faut que ce traitement s’applique à tous les niveaux et non pas au bras, au corps. Il faut que ça soit coordonné. L’un des problèmes dans cette lutte c’est le manque de coordination. 

 

Ce projet permettra qu’on puisse s’attaquer au deuxième problème: la gestion des déchets en général. On a remarqué que ces mairies sont surtout celles qui sont à côté de l’eau. Les habitants jettent leurs propres déchets dans l’eau. La plupart envoie leurs boues de vidange dans l’eau. 

 

 

Le projet va développer des sites de production de biogaz autour de ces maisons et dans certains sites pilotes pour permettre en sorte que la jacinthe qui est récoltée soit mise dans ces sites qui seront connectés aux boues de vidange pour accélérer la production du biogaz. Les ménages utiliseront ce biogaz et quand ça viendra à manquer, ils iront récolter. 

 

 

Ça va peut-être les encourager à récolter pour faire fonctionner le biogaz question de les intéresser. Et n’oubliez pas que le projet vise également à développer une action pérenne à long terme qui va durer, qui va encourager afin que l’argent qu’on investit ne se perde plus. 

 

Lire aussi:La longue agonie des agricultrices atteintes du cancer à l’ouest du Cameroun 

 

 

Toute la partie coordination va impliquer la mise en place d’un comité au niveau départemental, la mise en place d’une structure de collecte parce qu’il n’y a pas encore dans les mairies une structure de régie pour la collecte avec du matériel qui leur permettra de se déplacer eux-même pour la collecte.

 

 

Actuellement quand elles (mairies) ont les moyens, elles recrutent quelqu’un qui vient avec ses équipements et quand il a fini de récolter, il repart avec ses équipements. Donc la mairie va s’organiser elle-même avec ses appareils pour enfin mettre en œuvre le projet. Ça sera plus pérenne. 

 

 

Pourquoi le gouvernement tarde-t-il à financer votre projet?

 

 

La réponse évidente: je ne sais. J’ai déjà proposé ça plusieurs fois. Je n’ai pas encore trouvé les financements. J’ai tout apporté (dans ce projet). Les spécifications techniques. J’ai même contacté des amis qui pouvaient fournir ça.  Le coût de financement de ce projet est de 290 millions de Francs Cfa pour environ cinq ans. 

 

 

Pour les experts, seule la lutte biologique pourra venir à bout de la jacinthe d’eau. Au niveau du lac Ossa par exemple, cette méthode a permis d’éradiquer la Salvinia Molesta, une autre plante invasive...

 

 

 

L’expérience du lac ossa est une expérience qu’on est en train de voir. Parce qu’avec la lutte biologique, on ne vient pas du jour au lendemain commencer. Mais le processus pour y arriver a commencé. Les premières études ont déjà commencé. On a consulté les pêcheurs. Plusieurs fois. Les scientifiques sont venus. On a pris les données. C’est en étude. On est en train d’étudier ce qu’on va faire à travers les études préliminaires qu’on a faites pour savoir quelle option on prendra. 

 

 

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Le projet que j’ai proposé n’intègre pas cette autre partie là parce que c’est un autre processus assez complexe. C’était bien pour le lac Ossa parce qu’il n’avait pas les problèmes que le Wouri a. Le Wouri est plus long et en plus le Wouri subit d’autres phénomènes que le lac Ossa ne connaît pas: les déchets. Le Wouri est comme un dépotoir de déchets venant des ménages et qui exacerbent le problème ou alors qui excitent la prolifération de la jacinthe. Du coup, le problème doit être abordé de façon intégré. 

 

 

Josiane Kouagheu 

 

 

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