Au Cameroun, la relation « conflictuelle » entre le parc national de Campo Ma'an et les populations
Selon une étude, cette situation s'explique par le fait que l'activité phare menée au niveau de la conservation est la répression, au détriment des activités de développement.
En 2014, des chercheurs travaillant dans la zone du parc national de Campo Ma'an, situé dans la région du Sud au Cameroun ont constaté que les populations étaient mécontentes de la présence du parc et de plusieurs industries dans la localité.
Les raisons de ce mécontentement ? Ces habitants estimaient que cette réserve naturelle et ces entreprises les privaient de terres arables et étaient responsables de la dégradation et de la déforestation de leurs terres.
Douze ans plus tard, la situation n’a pas changé. Selon une nouvelle étude publiée dans l’African Journal of Social Sciences and Humanities Research et basée sur un sondage auprès de la population, « 80 % des personnes interrogées soulignent que la relation entre les populations et les services de conservation est conflictuelle ».
Répression
« Cela s’explique par le fait que, pour les populations, l’activité phare menée au niveau de la conservation est la répression, au détriment des activités de développement telles que l’éducation, la sensibilisation, le développement d’activités génératrices de revenus... », expliquent les chercheurs.
Le parc national de Campo Ma'an s'étend sur 264 064 hectares. Il abrite 1 500 espèces de plantes, 390 espèces d'invertébrés, 249 espèces de poissons et 80 espèces de mammifères de grande et moyenne taille.
Parmi ces mammifères, 23 espèces, comme le pangolin géant, le gorille des plaines ou encore l'éléphant d'Afrique, figurent sur la liste rouge de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Malgré cette biodiversité exceptionnelle, les conflits entre l'homme et la faune sauvage sont fréquents dans cette région.
Pour comprendre cette perception, l'équipe de chercheurs camerounais et congolais a interrogé des employés d'Ong, des commerçants, des fonctionnaires, des agriculteurs, entre autres.
Ils ont également recueilli leurs données par le biais d'analyses documentaires, d'observations directes et de la méthode des préférences déclarées, en utilisant la disposition à payer pour la conservation.
83 % des personnes interrogées se disent insatisfaites de toute forme de cogestion des ressources forestières naturelles dans la zone.
Insatisfaction
Pour les chercheurs, ce niveau d'insatisfaction s'explique par le fait que la population n'accepte pas la désignation du parc national de Campo Ma'an; les faibles retombées de l'industrie touristique; les lacunes organisationnelles et matérielles des services de conservation ; et les échecs de l'approche des projets destinés à améliorer le niveau de vie et les moyens de subsistance de la population.
97 % des personnes interrogées ont par exemple déclaré connaître le parc, 28 % ont assuré l’avoir déjà visité, 48 % en avaient l'intention et 24 % ne voyaient aucun intérêt à le visiter.
Bien plus, concernant la volonté de payer pour la conservation du parc national de Campo Ma'an, 67 % des personnes interrogées ont déclaré être prêtes à payer pour maintenir le parc dans son état écologique actuel.
Mais parmi les 33 % de l'échantillon des personnes interrogées qui ont rejeté le parc, 45 % ne voient pas les changements que le sanctuaire naturel a apporté à l'environnement et au niveau de leur vie et 32 % estiment que le parc les a privés de leurs terres.
« Par ailleurs, la plupart des personnes qui refusent de contribuer à la conservation sont des résidents locaux (92 %) », a souligné l'équipe. Les résultats de l'enquête indiquent que l'intérêt de la population pour le parc est principalement lié aux retombées économiques et financières du tourisme.
Josiane Kouagheu
Image de bannière : Parc national de Campo Ma'an / Page Facebook