Au Cameroun, la mauvaise qualité de sommeil associée à des troubles alimentaires
Selon une nouvelle étude menée à l'Université de Douala, une mauvaise qualité de sommeil affecte 73,7 % des étudiants.
Selon l’Organisation mondiale de la santé (Oms), le manque de sommeil est un problème de santé publique qui touche « environ la moitié de la population mondiale ».
Les principaux effets du manque de sommeil comprennent des effets physiques (somnolence, fatigue, hypertension), des troubles cognitifs (détérioration des performances, de l'attention et de la motivation ; diminution de la concentration mentale et des capacités intellectuelles et augmentation du risque d'accidents du travail et de la conduite) et des complications de santé mentale.
« Un manque de sommeil nuit à la capacité de réfléchir, de gérer le stress, de maintenir un système immunitaire sain et de réguler les émotions », indique un rapport de l’Oms. « Une privation totale et prolongée de sommeil est mortelle chez certaines espèces animales. »
Pendant des années, aucune étude n’a examiné simultanément la qualité du sommeil et ses liens avec les troubles alimentaires, la composition corporelle et l'activité physique en Afrique.
522 étudiants
Un nouveau rapport vient combler cette lacune. L'étude détermine la prévalence des troubles du sommeil et leurs liens avec les troubles alimentaires, la composition corporelle et l'activité physique chez les étudiants de l'Université de Douala au Cameroun.
Publié dans IBRO Neuroscience Reports, l’article révéle qu'une mauvaise qualité de sommeil affecte 73,7 % des étudiants, avec des risques de troubles alimentaires et les changements de la composition corporelle.
L’étude a été menée entre octobre 2024 et mars 2025 auprès de 522 étudiants. L’équipe de chercheurs des universités de Douala et de Yaoundé, ainsi que de l’Institut national de la jeunesse et des sports, a pris en compte de nombreuses variables.
Les participants ont répondu à des questions concernant leurs caractéristiques sociodémographiques telles que le sexe, l'âge et le niveau d'études. Les scientifiques ont mesuré leur taille, leur tour de taille, leur indice de masse corporelle, leur rapport taille/hauteur, leur poids et leur composition corporelle.
Les apprenants ont également répondu à un questionnaire sur la qualité de leur sommeil (latence d'endormissement, durée du sommeil, efficacité, qualité, perturbations, médicaments et dysfonctionnement diurne), leurs habitudes alimentaires et leur niveau d'activité physique.
35,6 % pour le risque de troubles alimentaires
L'équipe a constaté que la prévalence d'un mauvais sommeil était de 73,7 % et celle des troubles alimentaires de 35,6 %, avec une prévalence élevée chez les femmes (40 %).
« Cette prévalence était significativement plus élevée que celle de différentes études menées auprès d'étudiants » à différentes périodes et dans différentes régions, ont noté les chercheurs.
Ils ont également découvert que le taux de prévalence d'une mauvaise qualité de sommeil était significativement plus élevé chez les participants présentant un risque de troubles alimentaires par rapport à ceux qui n'en présentaient pas (61,8 % contre 38,2 %), indépendamment de leur sexe.
De plus, les étudiants souffrant d'un sommeil de mauvaise qualité présentaient un indice de masse corporelle et un pourcentage de masse grasse significativement plus élevés que leurs pairs bénéficiant d'un sommeil de bonne qualité.
Dans l'ensemble de la population de l’étude, une augmentation d'une unité de l'indice de masse corporelle et de la masse grasse était associée à un risque accru de 23 % et de 8 % de souffrir d'un sommeil de mauvaise qualité.
Bien plus, chez les étudiantes, la probabilité d'un mauvais sommeil s’accentuait avec l'augmentation de l'indice de masse corporelle.
« Toutefois, l’analyse a révélé que chez les hommes, un niveau élevé d’activité physique protégeait contre un mauvais sommeil tandis que chez les femmes, des niveaux modérés et élevés d’activité physique constituaient des facteurs de risque de mauvais sommeil », ont écrit les scientifiques.
Pour eux, un niveau élevé d'activité physique constitue un facteur protecteur contre les troubles du sommeil chez les hommes. Un résultat qui « concorde avec les données établies sur les effets bénéfiques d'une activité physique régulière sur le sommeil masculin. »
L'activité physique chez les étudiantes
Cependant, des niveaux d'activité physique modérés et élevés sont apparus comme des facteurs de risque de mauvaise qualité du sommeil chez les femmes.
« Ce résultat semble contredire les effets généralement bénéfiques de l’activité physique sur le sommeil, mais peut être interprété à la lumière de mécanismes physiologiques spécifiques au sexe », précise l’équipe de chercheurs.
Ils justifient cette différence par le fait que l'axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien, principal système neuroendocrinien qui régule la réponse de l'organisme au stress et le maintien de l'homéostasie, est modulé par les hormones sexuelles chez les femmes qui réagissent donc différemment aux troubles chroniques.
« Chez les étudiantes qui combinent une activité physique modérée à intense avec des exigences académiques et psychosociales élevées, l'activation chronique de l'axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien peut entraîner une hypercortisolémie vespérale, préjudiciable à l'endormissement et à la qualité du sommeil », justifient les chercheurs.
Une activité physique intense chez les femmes peut induire un état de réduction de la disponibilité énergétique, avec pour conséquence la suppression des hormones reproductives et la perturbation du cycle menstruel, altérant directement la qualité du sommeil, ont-ils ajouté.
En conclusion, l'équipe a assuré que ces découvertes ont d'importantes implications en matière de santé publique, car elles soulignent la nécessité d'améliorer la qualité du sommeil chez les étudiants et de s'attaquer à ses conséquences sur la cognition et la prévention des troubles alimentaires et des maladies connexes.
Josiane Kouagheu
Image de bannière : Amphithéâtre de l’Université de Douala. Photo de Luca Photo 4x4 via Wikimedia Commons.