Cameroun: des graines de laurier jaune pour lutter contre le mildiou du taro
D’après une étude, associées à des solvants tels que le méthanol ou l’acétone, elles peuvent empêcher « à 100% » la croissance de cette maladie qui attaque les feuilles de ce tubercule et ravage les plantations.
Le Cameroun est le deuxième producteur mondial de taro (FAOSTAT, 2024) avec une production de 1,95 million de tonnes. Cet aliment est cultivé dans toutes les régions du pays pour ses feuilles et tubercules qui possèdent de nombreuses qualités nutritives.
Malgré son importance économique, alimentaire et socioculturelle, cette culture rencontre de nombreuses difficultés au Cameroun, notamment les attaques des maladies épidémiques. L’une des plus importantes est le mildiou du taro, causé par l’agent pathogène Phytophthora colocasiae.
Cette maladie attaque les feuilles de ce tubercule, et peut occasionner des pertes de rendements de l’ordre de 50 % voire plus, un manque à gagner colossal pour les agriculteurs. Pour combattre ce fléau, les cultivateurs utilisent le plus souvent des fongicides chimiques, ce qui peut être toxique pour l’être humain et l’environnement.
Biodégradable
Ces dernières années, de nombreux scientifiques ont orienté leur recherche vers l’exploration des extraits de plantes à potentiel pesticide comme sources alternatives ou complémentaires aux pesticides synthétiques. Les extraits de plantes ont l’avantage d’être non seulement disponibles pour les paysans, mais aussi non toxiques et facilement biodégradables et donc sains pour l’environnement.
L’une de ces plantes est le laurier jaune, de son nom scientifique Thevetia peruviana. De nombreux travaux ont décrit les graines, feuilles, fruits et racines de cette plante comme des sources potentielles des composés biologiques actifs comme insecticides, fongicides, virucides et bactéricides.
Dans une étude publiée dans Journal of Applied Biosciences, une équipe de chercheurs des universités de Yaoundé, Maroua et Dschang au Cameroun ont évalué l’efficacité des extraits aqueux et organiques de Thevetia peruviana sur la croissance du mildiou du taro in vitro et testé la sensibilité de cet agent pathogène aux différents extraits sur les fragments de feuilles de taro.
Les scientifiques ont collecté les graines de laurier jaune dans la ville de Yaoundé où l’arbre sert de clôture de maison (plante ornementale). Les noyaux extraits des fruits ont été concassés et les amandes obtenues ont été séchées puis écrasées pour obtenir une poudre.
À des fortes concentrations, tous les extraits ont présenté un arrêt total du développement de Phytophthora colocasiae in vitro comparable au résultat du fongicide de synthèse. Photo via Wikimedia Commons.
Ces extraits organiques ont été par la suite préparés par macération de 1 kg de poudre dans 5 L de solvant (méthanol, acétone, acétate d’éthyle) pendant 48 h puis filtrée. Les filtrats ont été concentrés à 60 oC à l’aide d’un évaporateur rotatif et les extraits ont été conservés au réfrigérateur jusqu’à leur utilisation.
In vitro
Pour l’extraction aqueuse, la poudre obtenue a été emballée dans du tissu de mousseline et trempée directement dans de l’eau pendant 12 h puis essorée pour extraire le maximum de produit. L’extrait aqueux ainsi préparé a été directement utilisé (diverses doses), écrivent les chercheurs.
L’équipe a prélevé les feuilles infectées de la variété de taro «Macumba» portant les symptômes du mildiou dans les champs paysans n’ayant obtenues aucun traitement phytosanitaire. Ces feuilles ont été découpées en fragments, désinfectées superficiellement, rincées, séchées.
Elles sont par la suite passées par plusieurs tests, y compris l’étape in vitro, sous diverses concentrations, sous l'effet des extraits organiques et aqueux.
Les chercheurs ont également réalisé des tests à base de fongicide de synthèse sur les feuilles attaqués afin de mieux analyser leur découverte au niveau de l’aspect comparatif.
« Les extraits de graines testés ont inhibé de manière significative la croissance radiale de Phytophthora colocasiae (mildiou du taro), note l’étude. L’extrait à l’acétone a totalement inhibé la croissance du pathogène à 12,5 mg/ml tandis que l’inhibition totale a été obtenue à la concentration de 25 mg/ml pour l’extrait aqueux, à l’acétate d’éthyle et au méthanol. »
« Arrêt total »
Concrètement, les extraits aqueux, à l’acétate d’éthyle et au méthanol ont présenté par exemple une inhibition de 100 % à la concentration de 25 mg/ml quant à l’extrait à l’acétone, l’inhibition totale (100 %) a été observée avec la concentration de 12,5 mg/ml.
Les chercheurs ont aussi découvert que les pourcentages d’inhibition des extraits végétaux sur la croissance du pathogène varient avec l’augmentation des concentrations et la nature des solvants d’extraction.
« À des fortes concentrations, tous les extraits ont présenté un arrêt total du développement de Phytophthora colocasiae in vitro comparable au résultat du fongicide de synthèse à base du métalaxyl + oxyde de cuivre », précisent-ils.
Par ailleurs, à de faibles concentrations, les extraits organiques ont été plus actifs que les extraits aqueux. L’équipe n’a observé aucune lésion 5 jours après inoculation sur des feuilles traitées à extrait à l’acétone.
Mais les fragments de feuilles traités aux extraits aqueux ont présenté des lésions quatre jours après, ce qui pourrait suggérer que l’extrait aqueux pourrait réduire la vitesse de développement de la maladie mais sans toutefois l’inhiber complètement, constate l’équipe.
En conclusion, ces extraits se sont « révélés actifs » sur le Phytophthora colocasiae et peuvent donc « constituer une alternative dans la lutte contre le mildiou du taro », assurent les chercheurs.
Théophile Philippe Minlo