Cameroun : « Kindak », du vin rouge à base de bananes plantains
Cette boisson « sans alcool » est commercialisée dans les grandes métropoles du pays sous la forme de vin rouge, rosée et vin blanc de plantain.
Regard rivé sur son ordinateur, Ngo Towada Lindjeck vérifie le programme de production du vin rouge fait à base de bananes plantains qu’elle a mis sur pied à Makak, dans le département de la Sanaga maritime, région du Littoral au Cameroun.
Selon la promotrice, le plantain est un produit particulier pour en faire des boissons. Connu sous le nom de « Kindak », son vin rouge à base de banane-plantain est une boisson naturelle, produite de façon artisanale.
Sélection des plantains
« Il y a très peu d’usage des machines. La grande partie du travail se fait à la main. C’est un produit purement artisanal car il faut limiter la quantité pour préserver la qualité », précise la jeune entrepreneure.
Le travail de création de ce vin rouge particulier est long et il faut respecter les étapes. Pour y parvenir, il faut de la rigueur au niveau du choix du plantain.
« Il y a la phase de récolte qui consiste à sélectionner la variété de plantains, car tous les plantains ne produisent pas la même chose et tous les sols ne sont pas adaptés à produire du plantain qui se transforme en vin. Il faut sélectionner la matière première. Ensuite on presse le plantain et recueille le jus qu’on met en fermentation avec des additifs naturels », explique Ngo Towada.
Fermentation
Pour réaliser ce vin rouge, la jeune promotrice a besoin d’une main d’œuvre qualifiée. Celle-ci varie selon les périodes. « Nous avons une équipe permanente de huit personnes. Elle peut aller jusqu’à 20 selon les périodes. Nous avons des volontaires dans les équipes », explique-t-elle.
De la récolte à la phase de production, un programme est préétabli. « Lorsque la fiche technique nous indique le volume de production, en fonction de cela nous calibrons l’effectif qui va accomplir cette tâche. On monte une fiche technique qui va organiser le processus de production au niveau des quantités, de l’effectif et de la qualité des produits à utiliser avant de lancer la production », détaille Ngo Towada Lindjeck.
C’est un travail qui nécessite du temps. « Nous avons la première phase qui est la mise en fermentation du plantain qui peut prendre toute une journée selon le volume que nous avons et l’effectif. Il est donc difficile d’avoir le nombre d'heures de travail » précis, poursuit la promotrice.
Conditionné dans des bouteilles ordinaires de 75 cl et bouchonné avec du liège, le vin de plantain coûte 6000 francs Cfa la bouteille. On le retrouve dans les points de vente dans les villes de Douala et Yaoundé.
Rosée, vin rouge et blanc
Ce vin de plantain existe sous trois variétés. Le rouge de plantain, le rosée de plantain et le blanc de plantain. Outre sa saveur légèrement sucrée, il a des vertus thérapeutiques.
« Le rouge de plantain est fait à base des fleurs d’hibiscus, et des arômes naturels qui ont des propriétés curatives. Celui qui souffre d’anémie répétitive, le rouge corrige ce problème. Il se positionne aussi comme un aliment-médicament. Pour le rosée de plantain, il permet d’entretenir le cerveau, car il est constitué des plantes médicinales », précise Ngo Towada Lindjeck.
Agée de 38 ans, la native de Pouma, dans le département de la sanaga maritime assure par ailleurs que le produit n’a pas d’effets nocifs pour la santé.
« Nous utilisons les plantes aromatiques naturelles. Au niveau de la fabrication du vin, c’est le plantain qui produit son alcool. On peut décider de stopper la fermentation avant que tous les sucres ne se transforment en alcool. Il n y a aucun additif que ce soit en termes de levure, bière, arôme ou colorant. Rien ne vient d’une boutique. Tout est fait à base de plantes naturelles », souligne la trentenaire.
8 000 litres par mois
Un an après sa mise sur le marché, les demandes de vin de plantain ne font que s'accroître. « En terme de quantité, nous avons un minimum de 2000 litres de production par semaine », soit une production de 8 000 litres par mois « artisanalement faite », ajoute-t-elle.
Cependant cette production n’est pas constante. Elle dépend des récoltes. « Tout dépend de la disponibilité de la matière première», relate–t-elle. Outre la non constance de production, se greffe d’autres difficultés.
« Au niveau du plantain il faut des équipements spécifiques qui n’existent pas encore. C’est pour cette raison que notre production est pour la plupart artisanale. Nous avons conçu un équipement pour résoudre le problème de pressage. Nous avons aussi un problème de stockage. Plus le vin vieillit, plus il s’améliore en qualité. Nous sommes butés à ce niveau. Lorsque nous avons par exemple une capacité de 10000 litres produits, il faut le mettre dans des cuves plus grandes », se désole Ngo Towada Lindjeck.
D’après la promotrice, son vin rouge à base de plantain est certifié au niveau de la qualité par l’agence des normes et de la qualité « Anor ». Toute chose qui justifie le respect des règles d’hygiène pendant la fabrication du vin.
« Il y a le label made in Cameroun. Il est beaucoup plus internationalement connu au niveau de la qualité du produit. Il est sain. Le produit respecte les normes d’hygiène. Il est propre à la consommation », certifie-t-elle.
Amélie Dita
Image de bannière: Paolo Neo via Wikimedia Commons.