« J’ai loué un hectare de terrain à 50 000 francs CFA et j’ai réalisé mon rêve »
Agricultrice et transformatrice, Esther Tchiesse produit et commercialise tubercules de manioc, fruits, amidon, légumes séchés, jus de piment. Elle forme également de nombreux jeunes au travail de la terre.
Chef d’entreprise, formatrice, veuve et mère. Son arme secrète ? L’agriculture. Esther Tchiesse a embrassé le monde agro-pastoral depuis son bas âge, sous la houlette de ses parents. Mais elle ignorait à cette époque qu’elle pouvait en faire une véritable carrière professionnelle.
« J’ai hérité de mes parents qui étaient des agriculteurs. Ensuite j’ai rencontré des gens dans mon entourage qui m’ont donné envie de me lancer dans l’agriculture. C’est ainsi que je me suis retrouvée dans ce secteur », explique cette veuve âgée de 53 ans.
Commerçante dans l’un des marchés de Douala, capitale économique du Cameroun, elle commence par une exploitation domestique pour subvenir aux besoins de sa famille. Au bout de quelques années, elle découvre les merveilles de la terre et fait ses adieux à ses activités commerciales.
« Je ne regrette pas mon choix. L’agriculture est plus rentable que le commerce, surtout si on respecte les techniques culturales. Je fais tout grâce à l’agriculture. Je m’occupe de mes enfants et aujourd’hui de mes petits enfants avec les fruits de ma ferme », souligne-t-elle.
Manioc, matière première
Au début, cette mère de six enfants a commencé par un champ de manioc. Dans le souci d’agrandir son entreprise, elle s’associe avec d’autres cultivatrices et crée le Groupement d’initiative commune Main d’or (Gic Mado), dont elle est la déléguée.
« J’ai loué un hectare de terrain à 50 000 francs Cfa et j’ai réalisé mon rêve. Ensuite est né le Gic, un projet d’une grande association d’au moins 80 femmes qui a vu le jour en 2001 avec le soutien du délégué régional de l’Agriculture et du développement rural du Littoral de l’époque, Mme Koloko », affirme Esther.

Spécialisé dans la culture du manioc, le Gic Mado produit plusieurs variétés destinées à la consommation directe et comme matière première pour l’industrie. En plus du manioc qui est la principale culture, le Gic cultive aussi les produits maraîchers...
Face à la difficulté d’écouler toute leur production, Esther et ses compagnons ont mis sur pied une unité de transformation qui leur permet d’avoir des produits qui peuvent être conservés sur une longue durée. Le Gic produit lui-même la matière première, ce qui lui permet d’accroître ses revenus grâce à la transformation et d’autres activités entreprises après les récoltes.
Quatre millions de capital
Ces paysannes mettent sur le marché camerounais amidon, jus de piment, légumes séchés, tapioca, battons et tubercules de manioc… tous ces articles sont vendus à des coûts abordables pour un Camerounais moyen.
« Nous produisons de l’amidon que nous vendons à 1000 francs CFA 1,5 litre. Le jus de piment coûte 1000, 1500 voire 2000 F.Cfa en fonction de la quantité », précise la déléguée du Gic. Avec un chiffre d’affaires d’environ quatre millions de francs CFA, pour un investissement de moins de 500 000 F.CFA, ces « dames d’or » souhaitent étendre leur réseau de distribution jusqu’à l’extérieur du pays, disposer des outils modernes de transformation, notamment un moulin, un tamis et des bacs industriels.
Elles rêvent surtout de posséder avoir un terrain plus grand pour diversifier davantage leur champ d’action. A court terme, Esther lancera la production de jus d’ananas issus de sa nouvelle plantation.

Après plusieurs années passées dans la sphère agropastorale, cette agricultrice prend plaisir aujourd’hui à transmettre son expérience à de nombreux jeunes de Douala.
« J’ai appris chez mes parents, ensuite en suivant les séminaires et ateliers de formation. Tout ce que j’ai reçu jusqu'à aujourd'hui, avec ce que j’ai appris sur le terrain, je le transmets aujourd’hui aux jeunes que je forme dans le cadre d’un programme avec le Minader. Je dis toujours aux jeunes que la terre ne ment pas. Au départ c’est toujours difficile, mais à la longue chacun trouve son compte. Ils peuvent créer leur entreprise grâce à l’agriculture. Même s’ils font autre chose dans la vie, ils doivent penser à disposer d’un jardin », conseille cette entrepreneure agricole.
M.M