Face au chômage et à la précarité financière, des jeunes N’Djamenois se sont lancés dans la pépinière d’arbres fruitiers. Ils proposent des plants de manguiers, de goyaviers, de citronniers…, des fleures et semences. Cette pépinière est faite sans engrais chimique. Dans la capitale tchadienne, certains sont dans l’activité depuis plus d’une décennie tandis que d’autres viennent de s’y lancer. La connaissance est transmise d’un parent à l’autre, d’un ami à l’autre, d’un jeune à un autre. Il y a ceux qui apprennent à force de pratiquer.
Parmi eux, l’on retrouve des pères de famille, des étudiants, des diplômés sans emploi. Pour joindre les 2 bouts, toute activité génératrice de revenue est la bienvenue. « L’essentiel est de trouver de quoi manger et nourrir ma famille, c’est pourquoi je suis ici. Je passe toute ma journée à entretenir mes plants, les rendre attrayants aux yeux des clients », assure Ngardigui Siméon, marié et père de 2 enfants.
Entre 5 jours et deux semaines pour germer
L’entretien des plants, des semences et la préparation de la terre où doivent germer les plants sont faits avec soin. La production est 100% bio, comme nous l’explique Douadé Alpha Ronald, étudiant en 2ème année en socio-anthropologie à l’université de N’Djamena : « avant on utilisait les engrais mais plus maintenant. Actuellement, on utilise les fumiers, les feuilles mortes mélangées à la terre noire. La terre est sablonneuse, c’est celle qu’on ramasse au bord du goudron, avec les balayeurs de goudron. Donc du début à la germination des plants, tout est bio, pas d’engrais ».

Leur but est de préserver la santé de la population et de l’environnement, justifient-t-ils. Cette pratique fait croitre sainement les plants : « le manguier germe au bout de 2 semaines. Par contre les arbres comme le citronnier ou le goyavier, croissent entre 4 à 5 jours. C’est le même délai que les fleurs et autres plants simples », souligne Alpha Ronald.
Pour les semences, ils les achètent avec les producteurs et des personnes bien indiquées et après des tris minutieux de qualité. Dans certains cas, ils produisent eux-mêmes leurs semences et boutures, et les préparent à la mise en terre.
Le marché a ses caprices que ces jeunes supportent tant bien que mal. Au quotidien, la moyenne de vente est de 5 pieds par jour, mais tout n’est pas si rose : « il arrive qu’on ne vende rien de la journée, c’est le marché. Il arrive qu’on vende aussi beaucoup. La concurrence est rude ici comme vous pouvez constater le nombre des pépiniéristes. Les prix varient d’une plante à une autre. Les manguiers vont de 1.000 à 1.500 F. Cfa, selon la hauteur du pied. Les goyaviers, citronniers et autres arbres fruitiers sont aussi à 1.000 Fmais négociable. Par contre, les fleurs sont vendues entre 200 et 250 F le pied ».
90 000 F. Cfa le mois
Les clients sont de plusieurs catégories : certains s’en procurent pour leur jardin, champ et même demeure. Très souvent, les conseils de ces jeunes pépiniéristes accompagnent ces clients, qu’ils le demandent ou pas.
Avec ces ventes et les revenus mensuels qui varient 60 à 90 milles Francs Cfa, ces jeunes pépiniéristes parviennent à construire des maisons, entretenir leurs familles, payer leurs études et maintenir le cycle de la production. La production ne coute pas aussi chère que l’on ne pense. Avec 10 000 F CFA, l’on peut s’y lancer, explique le jeune Douadé A. Ronald.

Ils rencontrent de nombreuses difficultés mais, l’essentiel est au rendez-vous: l’eau est disponible et en grande quantité pour assurer un arrosage optimal. Ces jeunes se relaient dans l’entretien en fonction des programmes des uns et des autres. Pour réussir, il faut de la patience, conseillent-ils.
Marabeye Archange, à N’Djamena